TABASKI: Une fête célébrée socialement que religieusement au Sénégal

L’Aid’El Kabîr, fête du sacrifice communément appelée Tabaski a une grande ampleur dans l’agenda des fêtes musulmanes au Sénégal. La tabaski préoccupe à plus d’un titre toutes les personnes et particulièrement les chefs de famille. Cependant, la hantise des charges parfois superflues et facultatives qui obsèdent et angoissent pas mal de chefs de famille montre à suffisance qu’on célèbre la fête, non pas par soumission à une recommandation divine mais parce qu’il y a le regard social.

Allah n’a-t-Il pas dit dans le Saint Coran qu’Il oblige une personne que selon sa capacité ?

Pourquoi cherche t- on donc à outrepasser nos capacités en engageant inutilement des dépenses évitables et non exigées par Allah?

Ces interrogations fort intéressantes laissent à croire qu’il y a implicitement des interférences socioculturelles qui déteignent sur l’accomplissement de l’acte cultuel.

En d’autres termes, il y a une invasion de nos pratiques culturelles dans la célébration de la fête de tabaski.

I/ La Tabaski : Une fête empreinte exagérément de contraintes socioculturelles au Sénégal :

Il est évident que la coutume et la religion entretiennent des relations très étroites. Mais la religion est différente de la coutume. Il y a lieu donc de délier ou de démêler deux choses tout à fait différentes. La religion relève de l’ordre de la croyance et la soumission aux recommandations divines conformément aux règles et principes établis. Or les coutumes sont les convenances socialement admises et dont leurs applications répétitives dans le temps finissent par leur conférer une force obligatoire.

La tabaski à force d’être célébrée dans le temps, a vu progressivement l’immixtion de certaines pratiques sociales et coutumières qui biaisent radicalement sa dimension religieuse.

Aujourd’hui on ne peut quasiment pas échapper au diktat des pressions socioculturelles dans la célébration de la tabaski. Par conséquent, certains musulmans par peur du regard social s’imposent le fardeau d’acheter, à leurs corps défendant, des béliers qui sont au-delà de leurs bourses.

Or, Dieu n’impose aucune personne au-delà de ses moyens. Mais, le souci d’incarner ce que certains musulmans considèrent comme « une respectabilité sociale » les dicte à franchir le seuil de leurs possibilités financières.
Un bélier embonpoint est socialement une obligation pour tout père de famille quelles que soient ses capacités financières.

Et pourtant Allah nous rappelle à la Sourate(22) Al Hadji Verset 37 que : « ni leurs chairs ni leurs sangs ne touche Allah, mais votre piété le touchera. Il vous les (bestiaux) a soumis pour que vous proclamiez la grandeur d’Allah qui vous a guidés. »

De ce fait, les surenchères ostentatoires de béliers vendus à coût de millions qui défraient la chronique sont révélatrices de l’invasion des logiques socioculturelle dans la célébration de cette fête religieuse.

Mieux, il n’est pas obligatoire même de sacrifier un bélier. En effet, au regard de la loi islamique ceux qui n’ont pas les moyens d’acquérir un bélier, peuvent recourir à une brebis, un bouc ou une chèvre.

Mais ce que l’on constate c’est que la société, de gré ou de force, nous impose le bélier et pas n’importe lequel. Du coup, elle nous interdit, de fait, les autres alternatives prévues par la Charia.

Toujours, d’après nos coutumes c’est seulement le père de famille qui a la charge de s’acquitter de cette obligation sacrificielle. Mais religieusement cette croyance est infondée car toute personne musulmane majeure ayant les moyens doit sacrifier un bélier, fut-elle un célibataire.

Aujourd’hui pas mal de musulman(e)s disposant les moyens et qui sont en dehors des liens du mariage croient en être dispensés de cette tradition prophétique réitérée.

C’est parce que le fait serait étrange et bizarre socialement c’est pourquoi d’ailleurs les célibataires étant inaccoutumés de cette tradition prophétique s’en soustraient.

En outre, évoluant dans des sociétés foncièrement coutumières et traditionnalistes, les pesanteurs sociales déteignent sur les modalités d’accomplissement de l’acte cultuel. On a coutume de voir tout une kyrielle de rituels sociaux au moment de procéder au sacrifice du bélier.

Certains font des ablutions au bélier et d’autres déploient toute la famille pour poser leurs mains sur le dos de l’égorgeur. Pis encore, on estampe de plein front ce sang du bélier considéré en Islam comme une souillure.

Une fois terminée, cette offrande est mise en autant de parts qu’on distribue aux différents membres de la famille collatérale et aux voisins. Loin de s’opposer à cet élan de solidarité entre musulmans, mais le hic en est qu’on s’adonne à ces usages non pas pour la face exclusive de Dieu mais c’est par peur d’enfreindre des pratiques socialement établies. Et dans ce dispatching de l’oblation, naturellement la sœur du mari qu’on appelle « la première Ndjeukké» se taille la part du lion avec une jambe en main qui lui revient de droit.
Ces coutumes n’ont aucune base religieuse mais pourtant les populations s’entêtent et restent prisonnières de ces usages culturels.

De quoi a-t-on peur pour s’affranchir définitivement de ces lourdeurs sociales ? Certainement les sociologues ne manqueront pas de répondre à cette interpellation. Mais en ma qualité de juriste, je dirais que l’homme du fait de son instinct grégaire a peur de l’isolement ou de la stigmatisation qui sont des formes de sanctions sociales. C’est pourquoi l’individu pour assurer son intégration sociale doit respecter les règles qui gouvernent cette société. Mais malheureusement cette force obligatoire des règles sociales semble supplanter dangereusement les normes religieuses dans la célébration des fêtes au Sénégal.

Un autre élément non négligeable est « le paraître », autrement dit l’accoutrement et la parure le jour de la tabaski. La religion, bien entendu, recommande de porter de beaux et neufs habits pour célébrer la fête.

Cependant, il convient de souligner qu’elle n’exige à aucun fidèle d’outrepasser la limite de ses possibilités. Mais la concurrence et les stratégies de distinction sociale font que les musulmanes d’une manière sous-jacente se rivalisent d’accoutrements et de parures. Chacun croit qu’il doit avoir un habillement de luxe même si les moyens ne suivent pas, car la possession est gage d’estime et de considération sociale.

Mais ce qui est encore plus regrettable, est la folie des grandeurs et les excès que l’on constate de plus en plus dans les fêtes religieuses au Sénégal. Or l’Islam interdit formellement les excès et le Coran dit à ce sens à la Sourate 7 verset 31 : « Enfants d’Adam revêtez votre parure en tout lieu et temps de prière. Mangez et buvez, ne commettez pas d’excès car Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès. » .

Toutefois cette interdiction divine de l’excès semble être ignorée au regard des abus et des gabegies notés pendant la célébration de la Tabaski.
Les femmes tenaillées par les pressions concurrentielles et des attitudes mégalomaniaques, remuent ciel et terre pour avoir en main deux voire trois accoutrements le même jour de la tabaski, des cheveux naturels et des chaussures de haute gamme etc.…

Certaines femmes exigent de leurs maris d’engager inconditionnellement toutes ces dépenses faramineuses et superfétatoires qu’elles considèrent à leurs yeux comme impératives. Et tout refus de dépenses afférentes à leurs toilettes est susceptible de créer des différends conjugaux voire même d’éventuels divorces.

Or ces exigences ne sont pas recommandées par Dieu, mais la spectacularisation de la tabaski et la boulimie de positionnement social élitiste font que certains musulmans versent de ces comportements ostensibles.
Les femmes ne se soucient guère de la provenance de l’argent et l’énormité des charges endurées, l’importance, pour elle, est de se faire belle la tabaski afin de susciter les regards et de capitaliser les compliments de la société.

A coup sûr, les hommes, dans cette quête d’honorabilité et de respectabilité sociales, deviennent les agneaux du sacrifice car ils se trouvent au lendemain de la Tabaski dans une situation d’impécuniosité et d’endettement chronique. Et toujours on essaie de justifier à tort la gabegie par des arguments moraux, tout le monde a ceci ou cela, moi également je dois l’avoir pour ne pas me déshonorer socialement.

De là donc, nous ne sommes plus dans une logique religieuse car on accomplit l’acte cultuel non pas pour la face exclusive d’Allah mais sous la dictée des orientations de la société.

Cependant, la primauté des règles sociales sur celles religieuses qui sont censées pourtant organiser la tabaski concourt à accréditer la thèse que la fête est socialement célébrée au Sénégal.

De ce fait, il importe de décortiquer le sens essentialiste voire spirituel de la tabaski afin de se libérer de l’enfermement et l’encerclement dans ce carcan carcéral des rituels et pratiques sociales.

II La tabaski : Un moment de retour vers Allah :

Contrairement au festoiement excessif qu’on veut l’assimiler, la tabaski décèle une dimension spirituelle importante. En effet, le sacrifice de la bête remonte à l’histoire d’Ibrahim, tradition que le Prophète (Psl) a perpétuée. Il faut dire que c’est à l’âge de 86 ans qu’Ibrahim, contre toute attente, eut son premier fils, qu’il nomma Ismaël.

Et Dieu l’éprouva en lui demandant de le lui offrir. Mais Ibrahim se montra obéissant à l’ordre du Seigneur. Allah lui rappela dans un songe la promesse qu’il Lui avait faite. Il dit alors à son fils :” Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ” .

Ismaël dit à ce propos : ” Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants “. (Coran, Sourate37 Verset102).

Et le Coran qui rapporte ce dialogue, poursuit en ces termes :” Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que nous l’appelâmes : ” Abraham ! Tu as confirmé la vision (…) Et nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse ” Sourate 37, Versets
103-104-105-107.

Il ressort de la lecture de ces passages du texte coranique que la tabaski doit être un moment fort d’introspection pour tout musulman car elle doit nous permettre de jauger notre degré de soumission à Allah.

En effet, Ibrahim comme son fils Ismaël ont fait montre d’une soumission exemplaire à Allah malgré le caractère ardu de l’épreuve.

C’est pourquoi vouloir confiner la Tabaski à une simple festivité folklorique relève d’une vision réductionniste voire simpliste car le sacrifice de la bête représente un acte symbolique d’une grande spiritualité.

Cette épreuve d’Ibrahima est pleine d’enseignements que nous devons avoir la clairvoyance de décrypter au lieu de se laisser emberlificoter par la noce et les réjouissances.

Et parmi ces enseignements, il y a la crainte révérencielle en Dieu. Si la projection est faite en soi on comprendra aisément qu’il faut une croyance solide en Dieu pour pouvoir parvenir à immoler son propre fils.

En vérité l’homme développe une affectivité naturelle à sa descendance donc il n’y a que la crainte en Dieu qui peut vaincre cette affection instinctive et Ibrahim l’a fait.

De même son fils Ismaël est également pétri d’une foi inébranlable en Dieu car il n’a pas hésité d’un seul iota devant l’imminence de la mort jusqu’à ce que le Seigneur le remplace par un bélier.

Dieu dit dans le Coran : «Nous rachetâmes l’enfant par un bélier considérable » (Sourate.37, Verset.107).

Dans ce même sillage la tabaski nous enseigne qu’Allah a besoin d’un cœur pur exempt de tout vice.

En réalité l’acte cultuel en tant que tel est un moyen mais n’est pas la finalité. Donc le sacrifice du mouton est un moyen qui doit nous conduire à une finalité notamment une foi solide en Dieu et un cœur immaculé.

Cela se comprend à la lecture de ce passage du saint Coran : «Ni leur chair ni leur sang(les bêtes) n’atteint ALLAH, mais ce qui l’atteint de votre part, c’est la piété… » (Sourate.22, Verset.37).

Donc l’acte d’abattage est superficiel mais intrinsèquement, il doit nous conduire à la piété et un cœur comblé d’Allah.

En effet, Dieu n’aime pas qu’on L’associe à personne que ce soit sa famille, ses enfants ou ses biens. Or ceux-ci constituent de véritables obstacles pour accéder à Allah. En effet, l’amour de ces biens terrestres au détriment du Créateur Suprême est une forme d’associationnisme voilé.

Et, le Seigneur a voulu sonder Ibrahim en l’éprouvant d’immoler son unique fils d’alors. Et comme je l’ai dit plus haut l’homme a naturellement une affectivité à sa descendance mais Ibrahim qui a un cœur sain n’a voulu associé rien à son Seigneur. C’est pourquoi il s’apprêta promptement à immoler son propre fils qui pouvait s’ériger comme une barrière devant Allah.

A travers la Tabaski donc, nous devons apprendre qu’Allah a besoin d’un cœur sain qui ne soit entaché ni de la famille, ni des enfants encore moins des biens d’ici-bas, mais d’un cœur comblé de l’amour du Seigneur.

Le prophète Ibrahim serait dubitatif ou désobéissant s’il y avait un quelconque amour de son fils Ismaël.

De ce fait, un cœur sain est celui qui est exempt de tout amour si ce n’est celui de Dieu.

L’amour excessif des biens de ce bas monde en lieu et place du Créateur qui les a créés est constitutif d’un associationnisme.

Allah l’a bien corroboré dans le Saint Coran en nous rappelant à la Sourate 26 Versets 88-89 que la résurrection est : « le jour où ni les biens ni les enfants ne profiteront, sauf à quiconque vient à Dieu avec un cœur sain. »

Dans la même foulée la Sourate 34 Verset 37 confirme le verset précité. Allah nous y dit que : « Ni vos biens ni vos enfants ne sont chose à vous rapprocher à proximité de Nous(Allah) … »

La tabaski est donc une opportunité qui s’offre à tout musulman de rompre avec toute chose qu’il peut associer à Allah le Tout-Puissant. Et c’est cette leçon d’une haute portée spirituelle que le prophète Ibrahim nous a livrée à travers la Tabaski. Il est donc grand temps de délier ce qu’est la Tabaski de ce qui ne l’est point. Les coutumes et rites n’ont qu’un fondement social mais ne doivent pas prendre le dessus sur les règles directrices qui gouvernent la religion surtout dans la célébration de la tabaski.

De même on ne doit pas faire abstraction de la dimension spirituelle qui est l’essence malgré l’amplification folklorique et la théâtralisation sociale de la tabaski.

Cheikh Mabeye Seck
Magistrat
Septembre 2014

Le pardon dans l’éthique musulmane et ses bienfaits

« Pardonner, c’est dire à l’autre : ” Tu vaux mieux que tes actes”»

L’Islam étant une religion de paix, le  comportement du Musulman consiste en une éthique fondée sur des valeurs telles que le don de soi, l’altruisme et surtout le sens du pardon. Ce dernier caractère nous préoccupe ici car il est au centre de la morale islamique si bien qu’on gagnerait à le cultiver et à le véhiculer en raison de ses multiples bienfaits. En effet, on lit dans le coran que le fait  d’endurer et de pardonner fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires. Les prophètes et les saints l’ont tous incarné et aujourd’hui, la science nous révèle ses vertus médicales.

  1. LE PARDON DANS LA MORALE ISLAMIQUE

Dans le Coran, le pardon envers autrui est fortement recommandé. Il apparait comme une forme d’adoration qui renforce la foi du croyant  et lui fait bénéficier de la miséricorde divine. Allah dit: «Et concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin (paradis) large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux, qui dépensent dans l’aisance et dans l’adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui…».

Il  ressort du texte coranique que le pardon n’est pas la résignation forcée ni un ultime recours après épuisement de toutes les possibilités de sanction ou de représailles. Comme de la charité, il est un acte volontaire pour le croyant qui préfère endurer les torts pour profiter la clémence divine. En effet, le Coran nous apprend que « La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Dieu…».

Le Prophète (PSL), présenté dans le Coran comme une miséricorde pour l’univers (Coran 21:107), est le modèle achevé dans ce domaine. Figurent parmi les preuves de cette miséricorde, l’indulgence, la tolérance, la compassion et le sens du pardon dont il a fait montre en maintes circonstances. En effet, il est connu qu’il ne se vengeait jamais pour des raisons personnelles, ne répondait jamais au mal par le mal, mais trouvait des excuses et pardonnait aux autres.  Plusieurs épisodes de sa vie dont son attitude vis-à-vis des gens de Taïf et son  entrée triomphale à la Mecque illustrent parfaitement son sens  élevé du pardon.

Le Messager d’Allah ne s’est pas contenté de donner l’exemple. Il a aussi beaucoup exhorté les croyants à la sérénité, à la compréhension, à l’humilité et au pardon.  En témoignent les paroles qu’on lui attribue et selon lesquelles, « le fort n’est pas celui qui terrasse les gens dans la lutte, mais le fort est celui qui reste maître de lui-même dans la colère ».

De ces propos, il apparait que rester maître de soi dans la colère est une vertu à laquelle il est certes difficile d’accéder, mais qui renferme des avantages innombrables. En effet, un hadith authentique nous apprend qu’un jour,  un bédouin était venu voir le Messager et lui demanda de lui apprendre les paroles qui réunissent tout le bien. Contre toute attente,  le prophète lui ordonna de ne pas se mettre en colère.

Dominer la colère est un exploit, savoir pardonner en est un autre. Le hadith qui suit montre que le pardon est une nécessité car son défaut peut nous faire perdre beaucoup parmi les privilèges qu’Allah accorde aux musulmans. Le lundi et le jeudi, a dit le Prophète, les portes du Paradis sont ouvertes et il est pardonné à quiconque n’a pas attribué d’associé à Dieu, à l’exclusion, cependant, de ceux qui auront eu un différend avec un de leurs frères.

Rien que ces deux hadiths montrent que le pardon doit être un véritable crédo pour tout musulman.

  1. LE PARDON ET SES BIENFAITS.

Pour le croyant, la pratique du pardon doit être faite dans le seul but de plaire à Dieu. Cependant, elle procure de multiples autres bienfaits. Elle est, en effet, la condition indispensable à la paix intérieure et à paix sociale en ce sens qu’elle permet de briser le cycle dévastateur de la violence d’abord au niveau individuel et ensuite sur le plan collectif.

Par contre, ceux qui se laissent guider par l’émotion et la colère tombent facilement dans les pièges de Satan qui ourdie en permanence pour semer la haine et installer l’hostilité. Dans ces conditions, l’acte de pardonner devient inimaginable parce que vécu comme une faiblesse ou une soumission. Pour s’affirmer, l’individu a souvent recours à la vengeance qui généralement s’avère inefficace. Il en résulte souvent des querelles et des bagarres parfois sanglantes ou meurtrières. Par ce biais, l’entente au sein des familles et au-delà la paix et la cohésion sociale sont gravement compromises.

Pour éviter cela, la solution est à rechercher dans le pardon qui constitue la seule véritable arme. Il  met un terme sinon atténue les disputes, permet les réconciliations, fait disparaitre l’esprit de vendetta, installe l’amitié entre des gens qui, naguère, étaient de farouches ennemis, rétablit la paix, l’unité et la concorde sociales. C’est pourquoi, le Coran dit: « L’action bonne n’est pas semblable à la mauvaise. Repousse celle-ci par ce qu’il y a de meilleur: Celui qu’une inimitié séparait de toi deviendra pour toi un ami chaleureux ».

Sous ce rapport, on s’aperçoit que le pardon est une force dont l’effet brise les barrières,  rompt l’enchainement des haines et des vengeances, nous permet d’accepter et même d’aimer ceux qui nous ont blessés. A la différence à la vengeance qui  généralement entraine après du remord, du chagrin et du regret, le pardon donne de la confiance en soi et augmente l’espoir en Dieu.  Il anéantit la souffrance morale, la dépression ainsi que le stress et est, de ce point de vue, une véritable source de bonheur.

C’est donc à juste raison que le Pape Jean Paul II  disait : « Une paix véritable n’est possible qu’à travers le pardon(…). Demander et accorder le pardon, voilà des actes qui sont le reflet de la profonde dignité de l’être humain. C’est parfois l’unique chemin qui permet de sortir de situations caractérisées par une haine ancienne et féroce ».

Des études scientifiques récentes ont également montrés que le pardon  améliore la santé mentale et  physique chez l’homme. Selon les résultats, les personnes qui ont appris à pardonner se sentent beaucoup mieux au plan physique et  émotionnel parce que le pardon développe un état d’esprit positif qui génère l’espoir, la patience et la confiance en soi, en réduisant la colère, la souffrance, la dépression et le stress. On peut donc   considère que le pardon est une matrice pour la santé et le bonheur.

De manière précise, il aurait été démontré que  la colère qui perdure, la dépression, le stress et l’hostilité perturbe l’équilibre émotionnel et multiplient les risques de crise cardiaque et autres maladies du cœur. Plus qu’on simple état d’esprit, la colère nuit à la santé humaine, mais son remède est le pardon.

LES CONDITIONS DU PARDON

Le pardon est un véritable combat contre l’âme charnelle car ce sont l’orgueil, la recherche de la gloire et de façon générale l’amour du bas-monde qui entrainent la dureté de cœur et empêche d’accorder le pardon. Aussi est-il difficile de pardonner surtout pour celui qui ne vit pas selon les valeurs morales de l’Islam.

Cela est cependant facile et même automatique  pour la personne qui est dotée d’un cœur pur, qui n’a pas de penchant pour la gloire personnelle, qui est exempt de rancœur et de jalousie. Il est aussi aisé pour le croyant qui a confiance en Allah et qui est convaincu que la vie présente n’est qu’une étape qui mène à la demeure éternelle. Celui-là ne se limite pas à pardonner, mais il oublie et implore le pardon pour ses frères (voir S59.V10).

Le sens du pardon fait donc partie des traits supérieurs de la morale islamique qui exige de l’endurance, de la patience, de la compassion, de la tolérance et de la longanimité. En fait, sans ces prédispositions permettant la maîtrise de soi devant l’offense, il est impossible  de dominer  la colère qui fait naitre le sentiment de vengeance ou la volonté de nuire.

La maîtrise de la colère dans l’épreuve est une condition indispensable à la réalisation du pardon sincère. C’est pourquoi, le prophète  nous a indiqué, à plusieurs endroits, la voie pour vaincre la colère. Il dit à ce propos : «Que celui d’entre vous qui se met en colère s’assoit s’il est debout.  Si sa colère ne se dissipe pas qu’il s’allonge sur le côté».

Il conseille également de garder le silence sans doute pour ne pas entendre des propos plus désagréables qui augmenteraient la colère ou pour ne pas tenir des paroles qu’on pourrait regretter après. Dans un état d’excitation, il recommande aussi  de solliciter la protection d’Allah contre le diable ou de faire les petites ablutions. «La colère, a-t-il dit, provient du diable. Et le diable a été créé de feu. Que celui d’entre vous qui se met en colère, fasse ses petites ablutions».

CONCLUSION

A terme, il nous a apparu que le pardon est une dimension importante de la spiritualité. C’est un facteur de  paix intérieur et extérieur. Sa négation entraine la violence physique et morale pouvant être fatale pour l’individu et la société. Tandis que la vengeance provoque un sentiment de désespoir, le pardon suscite  l’espoir, ouvre la porte à la guérison émotionnelle et à la réconciliation. Il est aussi source de longévité en raison de ses effets positifs sur la santé humaine.

Latyr NDIAYE
Administrateur Civil, Dr en Histoires
Décembre 2015

Le travail dans l’Islam ou « KHIDMA »

Dans la religion musulmane, le travail est avant tout un acte d’adoration. Si l’islam réprime l’oisiveté, il encourage, dans la même lancée, toute forme de travail licite que ce soit intellectuel ou manuel. En effet, la recherche de moyens de subsistance par des voies légales doit être la visée de tout musulman et même de tout individu. Le progrès et le développement de toute société reposent sur le travail. Au-delà de l’aspect temporel dans lequel nous le confinons, le travail constitue un combat qu’on mène sur la voie d’Allah. Donc naturellement, celui qui travaille pour la survie de sa famille et pour la satisfaction de ses besoins, est en train de mener une noble action selon le point de vue de l’islam. Pour preuve, un jour, un homme passait devant le Prophète (psl) ; les compagnons de l’Envoyé d’Allah dirent : « Ce serait mieux pour lui  s’il peinait dans la voie de Dieu ». Le Prophète (psl) répondit : « S’il bossait pour nourrir ses enfants à bas âge, ou pour nourrir ses ascendants âgés ou pour se prémunir contre le besoin, il est dans la voie de Dieu ».

La meilleure nourriture disait le Prophète (psl) est celle que l’on acquiert au moyen du travail de sa main. Dans le Coran également, Dieu encourage à la prière autant qu’au travail. « Lorsque la prière est achevée, dispersez-vous sur terre, recherchez la grâce d’Allah ; invoquez souvent le nom d’Allah, afin que vous réussissiez » (Le Coran 63-10).

Donc le travail est un pilier essentiel dans la religion musulmane mais aussi dans la marche du monde. Naturellement, celui qui incite au travail réprouve la mendicité par paresse. Autrement dit, de la même manière, qu’il n’est pas permis d’être oisif et de se contenter de dire « Mon seigneur, donne-moi. », il n’est pas non plus  permis de tendre la main aux autres sauf cas de force majeure. La mendicité, qu’elle soit  apparente ou déguisée, doit être bannie de notre société puisqu’elle ne fait que nous enfoncer dans le sous-développement. Le Prophète (psl) a dit que « chaque fois qu’un serviteur ouvre une porte de mendicité, Dieu lui ouvre une porte de pauvreté ».

Un jour, quelqu’un demanda au Prophète (psl) de l’argent en aumône, alors qu’il était bien portant, l’Envoyé d’Allah l’interrogea s’il avait quelque chose à la maison; l’homme répondit : juste une couverture et un récipient pour boire l’eau. Le Prophète (psl) lui demanda de les apporter. Une fois cela fait, le Messager (psl) mit cela en vente. Certains proposent un dirham, d’autres deux. A terme, le Prophète (psl) vendit cela et remet les deux dirhams à l’homme. Il lui conseilla ensuite de payer avec le premier dirham de la nourriture pour sa famille, et d’acheter avec l’autre dirham une pioche, ce que l’homme fit. Au retour le Prophète (psl) lui demanda d’aller se servir de l’outil pour gagner sa vie. Au bout de quinze jours, il a gagna, du fruit de son propre labeur, dix dirhams.  Le Messager (psl) lui dit alors : « Cela vaut mieux que la mendicité qui va être une marque sur ton visage le jour de la résurrection ». Donc la mendicité, même si elle est autorisée dans certaines conditions, elle n’est pas du tout encouragée par l’islam. Notre religion considère le mendiant, s’il est sain de corps et d’esprit, comme un individu sans personnalité et sans dignité.

De façon globale, le travail demeure, pour le musulman,  la seule alternative pour subvenir à ses  besoins et participer  à la bonne marche de la société. Nous affirmons avec force que le travail qui présente le plus grand intérêt est le travail que l’on accomplit pour la véritable cause de l’Islam. C’est bien de travailler pour aider sa famille, avoir un cadre de vie décent; mais si on devait se limiter à cela, un certain égoïsme s’installerait. Au-delà de cette forme de travail, il faut savoir suer, travailler pour la  cause de la religion.

C’est le sens de ce travail qu’a bien compris CHEIKH AHMADOU MBACKE MAA-UL HAYAAT. Il ne cesse d’inviter ses disciples, les sénégalais  et l’humanité tout entière à s’investir corps et âme pour la réussite des projets de l’islam. Les champs qu’il cultive, les nombreuses actions qu’il entreprend s’inscrivent dans la lutte contre la pauvreté, la restauration de la dignité humaine et le développement du pays. Tout cela est fait sans tambours ni trompettes. Si son exemple était largement suivi, nous sortirions à coup sûr du sous-développement et entrerions dans le cap de l’émergence tant chanté par nos dirigeants.

Moussa THIAW
Professeur de Lettres
Décembre 2015

Patrons de presse : halte à la diabolisation du mois béni de Ramadan

Le ramadan est un mois sacré chez tous les musulmans du monde entier. Il a été rendu obligatoire par Dieu, comme étant le quatrième pilier de l‘Islam, dans la seconde année de l’Hégire (622), par la révélation de ce verset :

« Ô les croyants ! On vous a prescrit as-Siyam (le jeûne) comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété » (sourate 2, verset 183).

Cependant des patrons de la presse sénégalaise semblent ne pas respecter l’honorabilité de ce mois béni, mais restent guider uniquement par des recettes publicitaires au prix même à diaboliser l’Islam.

Une période sacrée

L’objectif du jeûne, c’est de permettre aux croyants d’atteindre la véritable crainte référentielle en ALLAH. Celle-ci se manifeste dans le savoir, le savoir-être et le savoir-faire qui corroborent parfaitement les enseignements de l’Islam. Le mois de ramadan bien accompli est sanctionné par un diplôme qui est une somme de vertus nourrissant le croyant durant son court séjour terrestre. Ainsi, le musulman est amené à mener un combat permanant contre ses quatre ennemis que sont : âme charnelle, satan, plaisir et bas-monde, dans l’intention de purifier et d’élever son âme spirituelle. En effet, c’est la purification de cette dernière qui ouvre au musulman les secrets divins dont la perception procure la crainte véritable en Dieu.

Loin de se réduire à l’abstinence alimentaire, le jeûne exige du musulman la mobilisation de tout son corps qui doit être préservé du blâmable à tout moment, à plus forte raison durant le mois béni de ramadan. En effet, le corps humain est composé d’ouverture (de sens) qui toutes convergent au cœur. Leur libération endurcit le cœur et l’obscurcit au point que l’homme s’emballe dans les plaisirs, le chemin de la déchéance et de la géhenne. Pour parer à cette éventualité, Dieu dans Sa Miséricorde infinie nous a gratifiés de ce mois béni de ramadan et a fait du jeûne un exercice spirituel qui doit démontrer au musulman sa capacité de se priver, pour un temps, ce qui lui semblait indispensable. Cette mise en train du cœur par la jihadu naf’s (lutte contre don âme charnelle, la retenue) est le chemin du salut dans les deux mondes (terrestre et céleste). C’est ainsi que Dieu s’adresse aux humains en ces termes :

« Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité,  sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain.»

« On rapprochera alors le Paradis pour les pieux. Et l’on exposera aux errants  la Fournaise » (Sourate 26, versets 88 à 91).

Le Prophète Mouhammed (P.S.L), de son retour à la grande bataille de Badr disait à l’endroit des combattants : «  la petite bataille vient de se terminer, il reste la grande bataille ». Ses compagnons lui demandèrent « Ô Prophète de Dieu quelle est la grande bataille ? », il répondit : « c’est la lutte contre son âme charnelle (jihadul naf’s). »

Cheikh Ahmadou BAMBA dans Les cadenas de l’Enfer, n°11 écrit ces très beaux vers :

2/5 « Frères, désirez ardemment la guerre sainte de l’âme !

3/5 « C’est par elle que vous gagnerez le Paradis.

4/5 « Celui qui ne mène pas le combat pour son âme, n’obtiendra rien de bon.

5/5 «  C’est là, j’en jure par ma vie, le suprême combat ! »

El Hadji Omar TALL aborde dans le même sens. Pour monter l’importance de la lutte contre son âme charnelle, il écrit dans Ar-Rimah :

« La guerre sainte aux infidèles est à la portée de tout un chacun, tandis que le combat spirituel est le privilège des meilleurs, car il est plus facile de combattre autrui que soi-même. »

Le mois de ramadan est donc sacré pour les musulmans. Le prophète Mouhammad (P.S.L) a dit :

« Le ramadan est venu à vous ! C’et un mois de bénédiction. ALLAH vous enveloppe de paix et fait descendre Sa Miséricorde. IL décharge des fautes et IL exauce les demandes. ALLAH vous regarde rivaliser d’ardeur dans ce but et IL se vante de vous auprès de Ses anges. Montrez à ALLAH le meilleur de vous-mêmes, car c’est bien malheureux celui qui est privé de la Miséricorde d’ALLAH, Puissant et Majestueux ! »  (hadith rapporté par Ibn Maja).

Le Prophète (P.S.L) de l’Islam a dit aussi :

« Celui qui jeune le mois de ramadan, en connaissant et en respectant avec vigilance les règles du jeûne expie son passé » (Boukhari).

Dans un autre hadith rapporté par Bayhaqi, le Prophète (P.S.L) a dit :

« Si les serviteurs savaient quelle est la valeur du mois de ramadan, ils souhaiteraient que l’année toute entière fût ramadan ».

Vue l’importance d’un tel mois, le musulman doit s’efforcer de ne commettre le moindre acte susceptible de lui faire perdre les avantages liés à l’observance stricte des règles du jeûne.

Des attitudes de diabolisation de l’Islam

Cependant, il est regrettable de constater que certains patrons de la presse sénégalaise font semblant d’ignorer complètement ce mois béni, comme si on n’est pas dans un pays à majorité musulmane.  Pour preuve, à l’heure de la rupture du jeûne, les télévisions nous servent des sketchs qui, non seulement dépassent les limites du respect pour ce mois ainsi que celles de la décence, mais pire, essayent de diaboliser l’Islam. Les musulmans, en grande partie, ignorants de ce qu’ils sont et de ce qu’ils doivent représenter pour le reste de l’humanité, se laissent emporter par ces sketchs insensés jusqu’à faire fi de la prière de timis, du recueillement et surtout de la repentance avec un cœur voué à ALLAH (s.w.t). De ce fait, le musulman tombe dans le piège de ces « ennemis de l’Islam » qui ne sont intéressés que par le gain de la publicité. Et finalement, sa faim et sa soif ne lui seront d’aucune utilité, au moment des comptes (qu’ALLAH nous en préserve).

Baye Fary SEYE
Journaliste, Ecrivain
Juillet 2011

Enregistrements dissimulés ou volonté de nuire ? : Analyse sous un prisme juridico-religieux

La conceptualisation hobbesienne de l’état de nature, qui   n’était qu’une hypothèse fictive de départ dans son

raisonnement philosophique, semble se transposer invraisemblablement dans nos sociétés actuelles.

 En effet, tel qu’il avait été théorisé par Hobbes, l’état de nature est caractérisé par la guerre de chacun contre chacun où l’homme développe toutes ses capacités de nuisance pour anéantir son semblable.

 Cependant, la structuration de notre milieu social actuel présente toutes les caractéristiques de cet état de nature au regard des coups bas, des crocs en jambe, de la médisance, du dénigrement gratuit, des délations et des combines malsaines ourdies à dessein pour ternir l’image de son frère musulman.

Maintenant, dans nos sociétés aucune stratégie maladroite et malhonnête n’est de moins pour jeter de l’opprobre et ridiculiser publiquement son frère musulman. Et, le recours aux enregistrements clandestins en est une. Malheureusement, depuis un certain temps on a constaté au Sénégal le recours à ces enregistrements audiovisuels dissimulés et leurs diffusions sur internet afin d’entacher l’honneur et la réputation d’honnêtes gens.

L’invasion, de la sphère sociale par ces comportements vicieux, a profondément parasité et désarticulé les rapports sociaux. Résultat des courses, l’animosité, la jalousie et la volonté de nuire par plaisir rythment la quotidienneté des rapports humains. Et naturellement, l’hypocrisie s’installe au cœur des relations humaines parce que celui-  là qui vous sourit n’hésite pas à vous poignarder dans le dos.

De ce fait, la vie en harmonie, la paix, l’union des cœurs et l’amour fraternel sont devenus, aujourd’hui, des valeurs rares.    Or,  c’est ce que l’Islam a toujours enseigné à travers le Prophète (PSL).

Mais la sécularisation galopante du 21ème   siècle a engendré un dépérissement généralisé des valeurs religieuses et des bons comportements qui devaient être le socle des rapports humains.

Par conséquent l’homme, en enfreignant les règles et valeurs cardinales enseignées par la religion, s’auto-installe dans une société en perpétuel conflit où l’homme est un véritable loup pour l’homme pour reprendre le philosophe Thomas HOBBES.

Les enregistrements dissimulés se révèlent aujourd’hui comme une véritable arme de guerre servant à abattre ou à nuire lâchement à son frère musulman.

Ces comportements veules et vils dénotent du délaissement de l’enseignement du Prophète(PSL), lequel délaissement nous a installé dans une véritable jungle sans foi ni loi où n’importe qui fait n’importe quoi.

Or, le prophète(PSL) a été envoyé pour parfaire la noblesse des comportements. Et, il nous rappelle dans ce même sillage que les meilleurs d’entre nous sont ceux qui jouissent des bons caractères.

Parmi, ces bons caractères enseignés par le Prophète(PSL) il y a le fait de se méfier de toute conjecture à l’égard des autres et à plus forte raison les médire. Cela est doublement corroboré  par  un verset et un Hadith (tradition prophétique) rapporté par Abu Hurayra. En effet, Allah dit à la Sourate 48 (les appartements) verset 13 : « Ô vous qui avez cru ! évitez de trop conjecturer (sur autrui) car une partie des conjectures est péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait- il manger la chair de son frère mort ? (Non) vous en aurez horreur… »

Dans ce même registre, selon Abu Hurayra le Messager de Dieu (PSL) a dit : « N’employez pas vos cinq sens à la recherche des défauts des autres et ne vous espionnez pas. Bannissez entre vous toute concurrence déloyale, toute envie et toute haine. »

A la lecture combinée du verset précité et de ce Hadith, l’on se rend compte qu’Allah réprouve fortement la médisance et la calomnie parce que le processus d’interdiction commence par la phase psychologique(le fait d’avoir certaines suppositions négatives sur la personne est péché, mise à part alors toute extériorisation en parole.) Qu’en est-il alors de ceux-là qui passent tout leurs temps à dire du mal sur le dos de leurs frères musulmans ?

En outre, Allah(SWT) interdit dans  le verset 13 précité le recours à l’espionnage et le Hadith rapporté par Abu Hurayra l’étaye à suffisance. Le musulman doit se garder d’espionner son frère musulman pour enfin révéler ces défauts aux autres.

Or, l’enregistrement clandestin est le prototype de l’espionnage. Par voie de conséquence, ces enregistrements ne peuvent trouver un fondement dans l’Islam surtout si son auteur est mû par une intention perfide et sournoise d’écorner l’image d’une personne. En réalité, ces enregistrements dissimulés s’apparentent à une véritable mesquinerie qui, au finish,  remet  non pas en cause la crédibilité de la personne subrepticement enregistrée mais celle de son auteur.

Cependant, une petite digression nous permettra d’analyser les contours juridiques de ce phénomène des enregistrements clandestins qui commence à prendre gravement forme dans notre pays.

Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication a apporté son cortège de dégâts avec notamment l’apparition de nouvelles situations pénalement répréhensibles.    Au Sénégal, l’enregistrement clandestin en soi ne revêt aucun caractère infractionnel. Mais depuis 2008 deux lois ont enrichi le dispositif normatif sénégalais et ont incriminé le délit d’enregistrement des données à caractère personnel et leur divulgation pour porter atteinte   à la  considération  de  l’intéressé  ou à l’intimité de sa vie privée. Il s’agit de la loi 2008-11 du 25 janvier 2008 portant cybercriminalité et la loi 2008-12 du 25 janvier 2008 relative aux données à caractère personnel.

D’ailleurs, la loi relative  aux  données à caractère personnel en son article 34 dispose que la collecte, l’enregistrement, le traitement, le stockage et la transmission des données à caractère personnel doivent se faire de manière licite, loyale et non frauduleuse. A la lumière de l’article 4 alinéa 6 de cette même loi, la voix d’une personne peut être considérée comme étant une donnée à caractère personnel. Par conséquent, rien que l’acte matériel d’enregistrer la voix d’une personne à son insu suffit pour établir la violation de l’article 34 précité.

De   même, l’article 431-22 de la loi portant  cybercriminalité dispose: «  Quiconque  aura collecté des données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite, sera puni d’un emprisonnement  d’un  (1)  an  à sept

(7) ans et d’une amende de 500.000 francs à 10.000.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement. » Toutefois, il importe de relever qu’en l’état actuel, le juge sénégalais semble ne pas attacher toute la répression qui sied à ces enregistrements dissimulés. C’est pourquoi, cet acte pénalement condamnable commence à prendre des proportions démesurées.

Un autre point de droit non moins important est l’irrecevabilité de l’enregistrement  clandestin comme  moyen  de  preuve. En effet, l’irrecevabilité trouve fondamentalement sa justification dans la déloyauté du procédé d’acquisition de la preuve. C’est pourquoi au-delà de la religion, le droit même refuse d’attacher à ces enregistrements dissimulés une force probatoire.

Même endroit pénal où l’administration de la preuve est libre, l’enregistrement dissimulé d’un prévenu (même si ce dernier avouait dans l’enregistrement être l’auteur d’une infraction) est parfois déclaré irrecevable comme moyen de preuve du fait de la déloyauté du procédé utilisé par la partie civile pour entrer en possession dudit enregistrement. Ainsi, l’irrecevabilité de l’enregistrement  clandestin comme moyen de preuve découle des manœuvres subreptices et de la fraude concoctée de toute pièce. Or, en droit la fraude corrompt tout.

Rappelons que l’enregistrement clandestin est le fruit d’un acte délictuel notamment l’espionnage.  En l’état du droit positif sénégalais l’espionnage n’est pas incriminé par le législateur mais c’est le contraire en France où l’espionnage supporte une qualification délictuelle.

Le délit d’espionnage trouve son siège dans l’article L226-1 et 2 Code Pénal français. Ce délit se résume d’une part dans la captation, l’enregistrement ou la transmission sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, et d’autre part, la communication au public des informations enregistrées.

Au-delà de ces mises au point sur le plan juridique, les enregistrements dissimilés révèlent à coup sûr une volonté délibérée de nuire et cela est justifié par  les  montages  altérants  et la provocation des réponses de la personne enregistrée à son insu.

Il importe de souligner que les enregistrements ne sont pas diffusés à l’état  dans  lequel  ils  ont  été  faits. En effet, certaines personnes malintentionnées procèdent maladroitement à des montages en vue de déformer radicalement  la teneur des propos tenus dans l’enregistrement brut. Le but poursuivi est alors de vouer aux gémonies d’innocentes personnes. Ainsi, la mauvaise foi de l’auteur de l’enregistrement n’est plus à démontrer dès lors qu’il procède à des compilations de propos contradictoires qui enlèvent à l’enregistrement toute cohérence et crédibilité.

Dans la foulée, certains auteurs d’enregistrements clandestins font dans la provocation. Autrement dit, l’instigateur de l’enregistrement dissimulé tente sciemment de faire dire à son interlocuteur des propos répréhensibles et condamnables qu’il pourra éventuellement utiliser pour une large diffusion sur internet.

En l’espèce on peut invoquer le cas des enregistrements de Moustapha Cissé LO. En effet, dans ce cas précis l’auteur de l’enregistrement a procédé à des montages de nature à enlever complètement sa voix de la bande sonore diffusée sur internet. Or, à écouter la bande sonore l’on se rendra compte qu’il disait pire que Moustapha Cissé LO parce qu’il provoquait les réponses de son interlocuteur.

C’est le même scénario avec l’enregistrement clandestin dont Souleymane Jules DIOP faisait l’objet dernièrement. Les exemples pouvaient être multipliés par rapport à ce phénomène qui a pris une ampleur insoupçonnée au Sénégal.

Le Sénégal est un pays à majorité musulmane mais les comportements quotidiens ne les attestent jamais. Or, cette majorité devrait inéluctablement déteindre sur nos modes de vie de sorte que les bons caractères évoqués plus haut soient une réalité dans nos rapports personnels.       Il est incompréhensible qu’un musulman puisse souhaiter du mal à son frère  ou le haïr au point de le vilipender pour entacher son honorabilité et sa respectabilité.

Et pourtant, le Prophète(PSL) a toujours enseigné au non dévoilement des défauts des autres comme ça Allah(SWT) nous couvrira d’ici bas et  à  l’au-delà.  Le   Prophète(PSL) dit dans le Hadith rapporté par An Nawawî : « celui qui couvre une faiblesse (physique ou morale) d’un musulman, Allah(SWT) le couvrira dans ce monde et dans l’autre. »

Mieux, le Prophète (PSL) ne nous a-t-il pas enseigné qu’aucun de nous (musulmans) ne devient véritablement croyant, jusqu’à ce qu’il aime pour son frère, ce qu’il aime pour lui-même ?

Mais a y voir de prés, on dirait que nous nous sommes complètement détournés des enseignements du Prophète(PSL) tout en  prétendant être ses inconditionnels. Les Dahiras et certains personnes dénommées « Soop Nabi »  (les  inconditionnels du Prophète(PSL) foisonnent dans ce pays mais il est grand temps qu’on passe à « Toop Nabi » c’est-à-dire suivre strictement ses enseignements.

Ces enregistrements dissimulés ne reposent ni sur le Coran encore moins sur les enseignements du prophète(PSL) et ce sont les musulmans qui s’adonnent à une telle pratique sournoise. Dès lors, il ya lieu alors de conformer davantage  nos  intentions, paroles et actes à ce qu’Allah(SWT) agrée.

Le Jour du Jugement dernier que nous projetons dans un futur lointain, nous est trop proche. Et, chacun de nous comparaitra devant le Tout Puissant et répondra de tout acte qu’il a eu à commettre durant sa vie d’ici. La conscience de l’irrémédiabilité et de l’imminence de cette comparution devrait nous conduire sans nul doute à faire du bien et de le dire envers les autres.

Cheikh Mabèye SECK
Magistrat

Critique littéraire : «L’homme, le monde contemporain et Maa-ul-Hayaat» de Papa Fary Seye

« L’homme, le monde contemporain et Maa-ul-hayaat » est le troisième ouvrage de l’écrivain Papa Fary Seye après Racines égyptiennes de l’au- delà musulman (L’Harmattan 2011) et Sara, la lune du jour (L’Harmattan 2012).

Enseignant titulaire d’un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA). Spécialisé en Egyptologie, il     poursuit     toujours ses recherches dans ce domaine. Il est aussi titulaire   d’un    diplôme en journalisme et est le Directeur de  publication du magazine « Maa-ul- hayaat » et Président du Groupe Maa-ul-hayaat communication.

C’est un ouvrage très spirituel  (89  pages) partant de  la  quête  de soi, de l’intimité et  de cette essence de réfection de l’âme. L’écrivain s’interroge sur le devenir de la société, à la mienne et aux nôtres. Il y lance des cris de cœur contre la quête effrénée du bien matériel poussant certains jeunes à la dérive et à la perdition. L’irresponsabilité de l’homme a fait que nous nous demandons perpétuellement de quoi demain sera fait. Tous les cataclysmes naturels  que nous vivons ont été engendrés par la frénésie collective liée à la surexploitation de l’environnement.

Préfacé par le Professeur Djiby Diakhaté,  Sociologue, l’auteur soutient la thèse d’un retour nécessaire vers le soufisme, cette voie consistant à délaisser les plaisirs mondains afin de combattre les désirs charnels de  l’âme pour accéder à l’étendard d’homme apaisé dans une société où on nivelle vers le bas, dominée et mise à nue par le matérialisme où les adeptes sont pris pour des faibles d’esprit. Baruch Spinoza : « Et les faibles sont ainsi faits qu’ils accrochent leurs sentiments à toutes les épines comme pour en prouver la solidité ».

L’ouvrage est bien rédigé, très bien documenté avec des références exactes et des sources précises. Cela montre sans doute le niveau de culture générale de l’auteur. La société a complétement changé ses règles de jeux, désormais le mérite importe peu et on ouvre toutes les portes à celui qui sait bien saisir les opportunités avant qu’elles ne s’en aillent. La personnalité de  l’individu  n’est   plus   appréciée à sa juste valeur, l’on joue aux jeux de dupes et à l’apparence. On est apprécié qu’à travers le paraître et non l’être, de ce qu’on fait et de ce qu’on dit. Alors que « Ni l’apparence ni les paroles ou les actions ne traduisent pas forcément les intentions cachées de l’homme ».

Satan le lapidé, banni par Dieu et  les  Prophètes,  se   retrouve   hébergé  par les Humains, « ces représentants de Dieu sur terre ». N’est-ce pas pour cela que les humains éprouvent tant de mal à s’aimer réciproquement ? Emmanuel Kant nous avertit « L’Homme a trois vices : la fragilité, l’impureté et la méchanceté ». Satan à qui on a refusé le Paradis faute d’un manque d’humilité et d’un excès d’orgueil, intervient fréquemment dans les prises de position des uns et des autres. Contribue plus à la  dégradation  des lois et règlements préétablis pour une bonne marche de la société.

Une société  complexe  où tous les coups sont permis. De la méchanceté gratuite, des injures et des complots de seconde nature, les humains sont prêts à tout pour satisfaire leur égo. « La personne n’hésite pas à pleurer ou même à fournir des preuves matérielles ou audiovisuelles, montées de toutes pièces pour tromper la vigilance des gens et les entraîner dans leurs pièges » Sous nos tropiques, nos congénères sont des tyrans et on ne peut aimer   un tyran ! Si on en est à une situation telle qu’on ne peut plus se fier à l’apparence et aux actes visibles, on ne peut qu’en être désespéré. L’auteur nous le rappelle, « les actes visibles ne suffisent pas pour témoigner de la bonne foi d’une personne ».

L’auteur nous rappelle la leçon d’un des plus célèbres livres de Molière paru en 1664, Tartuffe. « Bien que datant du XVII ième siècle, Tartuffe est toujours d’actualité. Elle renferme des leçons de vie et révèle une autre facette de l’homme qui peut être bon comme il peut aussi faire mal. » De la même manière que la femme peut elle- même être socle de  développement de toute société, de la même sorte  elle peut devenir poison et pourrir ainsi la vie de l’homme. Tous les sages arrivent à de hautes positions stratégiques en évitant les pièges tendus par les femmes. Ceux qui n’ont pas réussi très tôt à les distinguer ont appris l’Erreur sur le tas, donc à leurs dépens et se retrouvent isolés et écartés complétement de la société. Le Coran nous avertissait dès lors « En réalité, la femme est un grand stratège ! ».

« Et finalement, à qui  faire  confiance ? » dixit l’auteur.

Il faut qu’on puisse restaurer les valeurs sociétales. Et pour cela, le rôle est imposé aux parents. L’éducation, le respect de la matérialité et du non matérialité doit se faire à la base, dès le bas âge. Inculquer à l’enfant des principes et des idéaux qui font qu’il se sentirait prêt à relever tous les défis qui se présenteront à lui. La décence et la pudeur installées chez l’enfant très trop lui permettront de garder ses valeurs civiques et morales pour ne pas céder à la tentation.

Tout mène à la  réussite mais à condition de s’en sortir. Tous les chemins mènent vers la perdition et on a plus le choix. La pression atmosphérique  n’est  plus dans l’atmosphère, elle courtise nos cœurs. Notre âme et nos désirs deviennent des pulsions, ces choses les mieux partagées aux mondes. Sodomisation, lectures en vague, intox et campagne de diabolisation, l’homme est finalement prêt à tout pour nuire avec l’appui des médias. « Les multimédias forment tous les jours des stars et nous les proposent sinon nous les imposent » a dit l’auteur.

On cherche à être de plus en plus admiré. Du « buzz » au laxisme, les jeunes n’ont rien à perdre car n’ayant rien à gagner. « Certains jeunes sont de plus en plus acculturés ». Et on cherche par tous les moyens à être le premier, à mieux se distinguer, à être devant, à être vu et reconnu. Ce qui devenait modèle devient délit et le délit est tellement pris à la légère qu’il deviendrait le chemin à suivre pour atteindre l’excellence. La société s’est résignée et a transformé ses règles de jeux. La règle devient l’exception et l’exception la règle.

Une société n’a que les dirigeants qu’elle mérite. Les nôtres sont les plus corrompus. Les éducateurs appelés enseignants et  professeurs  ne choisissent plus ce métier de par sa noblesse mais de par sa valeur pécuniaire. Comment se justifierait- il le fait d’aller en grève pendant presque 4 mois, pénalisant ainsi tout un système clé et hypothéquer l’avenir de toute une génération ? Les autorités laissent passer l’éponge et s’occupent de « leur amour acharné pour le pouvoir » et de leur gré d’intérêts crypto-personnels.

Les jeunes n’ont plus de repère. Allant jusqu’à considérer un rêve futur comme une garantie à l’ascension sociale.

« Barça ou barssakh / Barcelone ou la mort », nos jeunes vendent le présent au  futur  en  s’adonnant  au  merci  du premier venu et de l’émigration clandestine au risque de leur vie.

Face à une situation de perdition et  de détresse, l’auteur  recommande une nouvelle forme de politique, un nouvel idéal et une nouvelle forme de gouvernance après avoir tout essayé : le communisme, la monarchie, le socialisme, le capitalisme, la démocratie. « Essayons  maintenant  le Mouridisme et on verra que toute l’humanité s’en réjouira. » Rappelons que  le  Mouridisme  est  une  culture commune autour de la « Khidma », être au service des créatures à travers la voie de Dieu. Il incarne un processus étatique allant d’un modèle social efficace à un modèle économique dynamique en passant par une culture facile de la chose politique.

Ne savant plus quoi faire, les nôtres se confient à des guides spirituels qui devraient eux-mêmes « se préoccuper de leur propre guérison ». Cheikh Ahmadou Bamba « Ne prête pas attention à toute personne qui te ressemble à un guide religieux » Et d’ailleurs comment peut-on guider si l’on est soi-même éclairé ? L’auteur donne l’exemple de Cheikh Ahmadou Mbacké Maa-ul-hayaat comme référence car ayant sorti du pétrin pleins de jeunes qui s’égaraient du bon chemin. Les témoignages sautent à vue d’œil et laissent croire qu’il est un vivificateur, un déclencheur du soufisme que les hommes ont besoin pour avoir le cœur apaisé.

Abdou Khadre MBACKE – Ecrivain-Blogueur-Chroniqueur
abdoukhadre2011@gmail.com
Juillet 2015

Patrons de presse : halte à la diabolisation du mois béni de Ramadan

Le ramadan est un mois sacré chez tous les musulmans du monde entier. Il a été rendu obligatoire par Dieu, comme étant le quatrième pilier de l‘Islam, dans la seconde année de l’Hégire (622), par la révélation de ce verset :
« Ô les croyants ! On vous a prescrit as-Siyam (le jeûne) comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété » (sourate 2, verset 183). Cependant les patrons de la presse sénégalaise semblent ne pas accorder l’importance qui sied à ce mois.

 L’objectif du jeûne, c’est de permettre aux croyants d’atteindre la véritable crainte révérencielle en ALLAH. Celle-ci se manifeste dans le savoir, le savoir-être et le savoir-faire qui corroborent parfaitement les enseignements de l’Islam. Le mois de ramadan bien accompli est sanctionné par un diplôme qui est une somme de vertus nourrissant le croyant durant son court séjour terrestre. Ainsi, le musulman est amené à mener un combat permanant contre ses quatre ennemis que sont : âme charnelle, satan, plaisir et bas-monde, dans l’intention de purifier et d’élever son âme spirituelle. En effet, c’est la purification de cette dernière qui ouvre au musulman les secrets divins dont la perception procure la crainte véritable en Dieu.

Loin de se réduire à l’abstinence alimentaire, le jeûne exige du musulman la mobilisation de tout son corps qui doit être préservé du blâmable à tout moment, à plus forte raison durant le mois béni de ramadan. En effet, le corps humain est composé d’ouverture (de sens) qui toutes convergent vers le cœur. Leur libération l’endurcit et l’obscurcit au point que l’homme s’emballe dans les plaisirs, le chemin de la déchéance et de la géhenne. Pour parer à cette éventualité, Dieu dans Sa Miséricorde infinie nous a gratifiés de ce mois béni de ramadan et a fait du jeûne un exercice spirituel qui doit démontrer au musulman sa capacité de se priver, pour un temps, ce qui lui semblait indispensable. Cette mise en train du cœur par la jihadu naf’s (lutte contre son âme charnelle, la retenue) est le chemin du salut dans les deux mondes (terrestre et céleste). C’est ainsi que Dieu s’adresse aux humains en ces termes :

« Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité,
« sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain.
« On rapprochera alors le Paradis pour les pieux.
« Et l’on exposera aux errants  la Fournaise » (Sourate 26, versets 88 à 91).
Le Prophète Mouhammed (P.S.L), de son retour à la grande bataille de Badr disait à l’endroit des combattants : «  la petite bataille vient de se terminer, il reste la grande bataille ». Ses compagnons lui demandèrent « Ô Prophète de Dieu quelle est la grande bataille ? », il répondit : « c’est la lutte contre son âme charnelle (jihadul naf’s). »
Cheikh Ahmadou BAMBA dans Les cadenas de l’Enfer, n°11 écrit ces très beaux vers :
2/5 « Frères, désirez ardemment la guerre sainte de l’âme !
3/5 « C’est par elle que vous gagnerez le Paradis.
4/5 « Celui qui ne mène pas le combat pour son âme, n’obtiendra rien de bon.
5/5 «  C’est là, j’en jure par ma vie, le suprême combat ! »
El Hadji Omar TALL aborde dans le même sens. Pour monter l’importance de la lutte contre son âme charnelle, il écrit dans Ar-Rimah :
« La guerre sainte aux infidèles est à la portée de tout un chacun, tandis que le combat spirituel est le privilège des meilleurs, car il est plus facile de combattre autrui que soi-même. »
Le mois de ramadan est donc sacré pour tout musulman, du fait de sa haute portée spirituelle. Le prophète Mouhammad (P.S.L) a dit :
« Le ramadan est venu à vous ! C’est un mois de bénédiction. ALLAH vous enveloppe de paix et fait descendre Sa Miséricorde. IL décharge des fautes et IL exauce les demandes. ALLAH vous regarde rivaliser d’ardeur dans ce but et IL se vante de vous auprès de Ses anges. Montrez à ALLAH le meilleur de vous-mêmes, car c’est bien malheureux celui qui est privé de la Miséricorde d’ALLAH, Puissant et Majestueux ! »  (hadith rapporté par Ibn Maja).

Le Prophète (P.S.L) de l’Islam a dit aussi :
« Celui qui jeûne le mois de ramadan, en connaissant et en respectant avec vigilance les règles du jeûne expie son passé » (Boukhari).
Dans un autre hadith rapporté par Bayhaqi, le Prophète (P.S.L) a dit :
« Si les serviteurs savaient quelle est la valeur du mois de ramadan, ils souhaiteraient que l’année toute entière fût ramadan ».

Vue l’importance d’un tel mois, le musulman doit s’efforcer de ne commettre le moindre acte susceptible de lui faire perdre les avantages liés à l’observance stricte des règles du jeûne.
Cependant, il est regrettable de constater que certains patrons de la presse font semblant d’ignorer complètement les bienfaits et les exigences de ce mois béni, comme si on n’est pas dans un pays à majorité musulmane.  Pour preuve, à l’heure de la rupture du jeûne, les télévisions n’intéressées que par le gain de la publicité, nous servent des sketchs qui, non seulement dépassent les limites du manque de respect pour ce mois béni ainsi que celles l’indécence, mais pire, essayent de diaboliser l’Islam. Le musulman, ignorant de ce qu’il est et de ce qu’il doit représenter pour le reste de l’humanité, se laisse emporter par ces sketchs insensés jusqu’à faire fi de la prière de timis, du recueillement et surtout de la repentance avec un cœur voué à ALLAH (s.w.t). Et finalement, sa faim et sa soif ne lui seraient d’aucune utilité, au moment des comptes (qu’ALLAH nous en préserve).

Baye Fary SEYE

LA LIBERTE DANS L’ISLAM

La notion de liberté, selon le dictionnaire Larousse est l’état de quelqu’un qui n’est pas soumis à un maître. En effet, elle est liée à la notion d’indépendance et de soumission. Mais, pour cerner davantage cette notion, il convient de s’interroger sur la conception qu’en a l’Occident

Les écrivains occidentaux distinguent deux types de liberté : la liberté philosophique et la liberté individuelle. Le premier est la possibilité d’agir d’une manière autonome sans être soumis à une force extérieure (divine, sociale ou psychologique). On pourrait donner l’exemple de la liberté de Meurseult, dans L’étranger. Le second confère le droit de disposer de soi-meme en étant protégé contre toute mesure arbitraire. Elle commence là où s’arrête celle des autres.

Perçue sous cet angle, la liberté est souvent synonyme de déviance et cadre avec les notions de « libertin » et de « libertaire ». A l’origine, le libertin c’est celui qui ne respecte pas les lois de la religion. Même si le mot a évolué, plus tard, pour avoir le sens de déréglé, d’immoral, il renferme toujours l’idée de déviance. Le libertaire, quant à lui, est celui qui n’admet aucune limite dans l’exercice de sa liberté : c’est la liberté extrême assimilée à la licence ou même à l’anarchie. Dans l’un comme dans l’autre cas, le Musulman ne saurait se fonder sur cette façon de concevoir la liberté. Celle-ci est, dans l’Islam, plus positive.

Toutefois, à l’image de la pensée occidentale, l’Islam donne au Musulman la latitude de s’exprimer, de penser, d’aller et de venir. Cette forme de liberté constitue, à n’en pas douter, un modèle à tout point de vue, car étant bien cernée et réglementée. Elle guide la vie du musulman et insiste davantage sur le rapport entre l’homme et son milieu. Le Coran en a parlé depuis le septième siècle de notre ère. Mais, c’est souvent, l’ignorance de ce Texte sacré qui nous pousse à attribuer telle ou telle autre valeur à l’Occident.

Cependant, la liberté qui nous semble la plus importante est celle qui installe chez le croyant la sincérité dans ses oeuvres, l’amour véritable envers le Seigneur. En effet, l’homme se compose de deux éléments : le corps et l’âme. Le premier est terrestre ; il est un attribut partagé avec les animaux ; il va sans dire qu’il est mortel. Le second est considéré comme céleste et immortel. C’est cette immortalité de l’âme qui différencie l’Homme de l’Animal, car il donne du sens à son existence terrestre et dans l’au-delà.

Le CORAN ferait allusion à ces deux dimensions de l’être humain en ces termes : « Nous avons certes crée l’homme dans la forme la plus parfaite. Ensuite, nous l’avons ramené au niveau le plus bas » (sourate 95, versets 4 et 5). Cela voudrait dire que l’homme est entre deux postulations ou forces : le Bien et le Mal.

C’est là où la notion de liberté retrouve son tout sens, sa véritable signification. Elle recoupe la vision de Soufiane Kherrazi quand il écrit dans Philosophie, publiée en 2013: « L’homme est animal quand il est moins humain, et de ce fait, il n’est pas libre quand il se comporte instinctivement ». .
Cela renvoie également la conception de Kant qui pense que la liberté de l’homme consiste essentiellement à depasser ce qu’on appelle l’agencement mécanique de son existence animale, c’est-à-dire se détacher de tout caractère instinctif ou toute « hétéronomie » qui s’impose à l’homme dans sa logique animale ou dans son état de nature.

L’homme est libre s’il annihile tout désir, toute volonté de se hisser au dessus des autres. En effet, lorsque l’amour de Dieu est authentique et sincère, les trésors, les richesses et les biens sur terre perdent leur éclat et l’idée même d’être célèbre devient dérisoire.

En somme, du point de vue de la religion et de l’Islam en particulier, on parle seulement de liberté quand rien, sur cette terre, ne peut avoir de la prégnance sur nous, lorsque, par une éducation stricte et par la maîtrise de l’âme charnelle, l’homme parvient à dominer ses pulsions et es désirs.

En définitive, quand on est humble devant son SEIGNEUR, mais fier de sa situation quel qu’elle soit devant les tyrans, les oppresseurs, les richesses et les futilités de ce bas monde, on est véritablement libre.

Moussa THIAO Professeur de Lettres, Doctorant en sciences du langage

 

 

 

Le concept de “BAMBA FEPP”: Etude critique

Au Sénégal, depuis un certain temps, un nouveau concept a vu le jour. Il s’agit de « Bamba fepp ». Ce concept qui signifie « Bamba partout » aurait pour objectif, la vulgarisation de l’oeuvre de Cheikh Ahmadou Bamba à travers le monde. Nous nous en réjouissons en tant que mouride et prions pour qu’ALLAH assiste toutes les actions entreprises pour la vulgarisation des enseignements authentiques de celui qui était l’héritier du Prophète (PSL), le défenseur infatigable de l’Islam, l’incarnation de la sunna, Cheikh Ahmadou Bamba.

Cependant, même si le concept est nouveau, la philosophie de « Bamba fepp », tant qu’il s’agit de défendre l’Islam et la sunna, ne date pas d’aujourd’hui, C’est Bamba lui-même qui en est le modèle achevé dans la forme tout comme dans le fond. Pour preuve, après l’inhumation de son vénéré père Serigne Mame Mor Anta Saly Mbacké, Serigne Taïba Mor Nboumbé s’adressait à lui en ces termes « Maintenant je voudrais qu’on aille ensemble chez Lat Dior pour lui présenter nos condoléances. Ce sera un geste qui lui fera plaisir. En effet ton père était son ami, son marabout et son conseiller. Nous lui proposerons de faire de toi son remplaçant vu ton niveau de connaissance et ton charisme. Tu peux n’attendre de sa part que du bien et du bonheur. Voilà le conseil que je te donne. Qu’en penses-tu ? » Cheikh Ahmadou Bamba khadimou Rassoul lui répondit en ces termes : « Je vous remercie et suis très reconnaissant de votre proposition. Que DIEU vous en récompense en bien et qu’IL vous préserve du mal. Je suis disposé à aller présenter mes condoléances au prince, vu son amitié avec mon défunt père. Mais je ne saurais être disposé à solliciter un quelconque privilège auprès de lui, je ne désire rien de leurs biens terrestres. Je ne cherche des honneurs que de la part de DIEU, Maître des Maîtres ».

Ce refus d’être au service de qui que ce soit, si ce n’est ALLAH à travers les enseignements de son Prophète (PSL), lui a valu plusieurs ennemis dont le plus visible était le colonisateur qui l’a déporté hors du Sénégal en lui faisant subir toutes sortes d’atrocités rien que pour Lui faire renier sa foi comme Il l’a bien élucidé dans son poème « Khalo li yarkann ». Serigne Touba a donc montré au monde entier que quelque soit le contexte dans lequel il évolue, son unique et ultime but est la « recherche des honneurs que de la part de DIEU, Maître des Maîtres ». A ses débuts, son combat n’a été porté que par lui et un petit nombre de fidèles. Mais au front, il était le seul à subir les agissements du colonisateur qui voulait l’éliminer. Durant toute la période qu’il a été avec le Blanc, Cheikhoul Khadim s’est tourné exclusivement vers ALLAH en marchant obstinément sur le chemin menant vers LUI en accomplissant SES recommandations et en se détournant de SES interdits, selon la Sunna du Prophète (PSL). Ceci montre que le véritable combat de Serigne Touba est la propagation de l’Islam authentique tel que le Prophète l’a reçu d’ALLAH, c’est-à-dire un Islam qui conduit l’individu vers une adoration exclusive du MAITRE DE TOUT ce qui existe.

La propagation du concept « Bamba fepp » doit aller de pair avec une volonté manifeste, affichée aussi bien par les initiateurs que les autres disciples de revivifier l’enseignement de Serigne Touba à travers leurs comportements de tous les jours à savoir, l’application stricte des prescriptions et l’abstention totale de tout ce qui est prohibé par le SEIGNEUR du Jour de la Rétribution. Serigne Touba, comme le dit Serigne Moustapha Saliou, a été clair et restera clair jusqu’à la fin des temps, car il a accompli les recommandations d’ALLAH, ce que tous ses contemporains ont témoigné. Aussi, a-t-il laissé à la postérité un trésor inépuisable de savoir, de savoir faire et de savoir être à travers ses écrits. Il a éduqué des hommes qui ont tous été des exemples incontestés dans l’adoration exclusive d’ALLAH. Il a aussi laissé des fils que tout le monde admire à cause de leur abnégation dans l’adoration exclusive d’ALLAH et le respect du culte du travail.

Par conséquent, ce concept de « Bamba fepp » doit continuer la propagation de cette tradition d’adoration exclusive d’ALLAH et d’incitation au culte du travail licite et bien fait. Ce concept doit nous mener au respect des cinq piliers de l’Islam comme nous les ont fortement rappelés et recommandés tous les khalifes de Serigne Touba. Lorsqu’on a posé la question, « Qui est Serigne Touba ? », à Cheikh Mourtada Mbacké Ibn Khadimou Rassoul il a répondu « moy l’Islam rek » (« Il est l’Islam et rien d’autre »). « Bamba fepp » ne doit être rien d’autre que la revivification de l’Islam qui, depuis un certain temps, est agressé de tous bords. Cette agression de l’Islam est faite par certains ‘’musulmans’’ maladroits qui présentent l’Islam sous une fausse image barbare et opportuniste en tuant des individus innocents à travers des attaques terroristes, pour des intérêts crypto-personnels, à savoir le pouvoir. L’autre agresseur, ce sont les hommes politiques occidentaux qui profitent de la maladresse des premiers que je viens de citer pour combattre l’Islam ou amalgamer Islam et terrorisme afin de transposer les problèmes socioéconomiques de leurs populations qu’ils ont promis de résoudre dans un combat qu’ils ne gagneront jamais.

Les initiateurs de ce concept doivent donc avoir comme seul objectif l’application strict de l’enseignement de Cheikh Ahmadou Bamba partout où se trouvent les mourides en particulier et les musulmans en général. Cet enseignement qui reste et restera toujours en conformité avec l’Islam dans une trilogie que le Cheikh a clarifié dans plusieurs de ses ouvrages à savoir : la Confession de Foi (Al Imân), puis la Voie de la Soumission à DIEU (AI Islâm) et la Voie du Perfectionnement Spirituel (Al Ihsân). Voilà donc en un résumé, l’enseignement très clair et sans équivoque, aux yeux de tous les musulmans sincères à travers le monde entier, que Cheikh Ahmadou Bamba khadimou Rassoul a voulu propager.

Modou Fatma MBOW
Ingénieur T. Agronomiques
Master en SARD
Chef du Service Départemental du Développement Rural de Louga
Chargé Formation et Information du RNFS/GIPD
Homologues aux experts chinois du PNASA

 

 

NE BLASPHEMONS PAS BAMBA

La permissivité est aujourd’hui à outrance au Sénégal surtout en ce qui concerne la religion. Malheureusement, on acquiesce par une facilité traumatisante des pratiques  qui heurtent gravement les fondamentaux  de la religion. De nos jours, la religion est mêlée à toute sorte de facétie  et de pratiques canularesques. En effet, depuis un certain temps la lutte, la musique et la danse ont dominé le quotidien des sénégalais et pire on fait le méli-mélo  entre le sacré et le ludique.

I/ Pour ce qui est de la lutte :

L’hypermédiatisation de la lutte au Sénégal a fait que celle-ci  est devenue une drogue pour certains amateurs qui sont prêts à se sacrifier au prix de leur vie. Combien de fans meurent  lors des combats?  Cela montre que le phénomène de la lutte a gagné du terrain et n’a pas laissé la religion indemne. Et progressivement on assiste à un processus de jonction voire de fusion entre la chose religieuse et le ludique surtout au niveau de l’arène.

Les spectacles de loisir et de distraction sont fortement empreints de la religion au point qu’on s’interroge si nous sommes dans un pays musulman ? Ainsi, la religion est devenue actuellement objet de distraction et d’amusement. On a vu dans l’arène des lutteurs, sans crainte de représailles d’une famille religieuse,  brandir les effigies de chefs religieux comme Cheikh Ibrahima NIASS, El hadji Malick SY ou encore Cheikh Ahmadou Bamba des saints qui ont  sacrifié toute leur vie dans le sentier d’Allah.

En outre, les lutteurs jurent par  tous les noms de marabouts alors que ceux-ci ne se sont jamais indignés. Le saint Coran également n’est pas épargné, parce que les lutteurs ont tendance à distribuer à tort et à travers des exemplaires du livre saint en préparation mystique. Devant ce silence des chefs religieux, certains lutteurs outrepassent les limites du tolérable et vont jusqu’à s’amuser à prier en pleine arène tout en étant dans un état de quasi-nudité.

Le phénomène est d’autant profond que ce sont les chefs religieux eux-mêmes qui entretiennent des relations amicales poussées avec les lutteurs de renom (VIP). Et pas mal de lutteurs, séance tenante, autour de micro affirment avoir reçu des prières et l’approbation de tel ou tel guide religieux.  D’ailleurs ces phénomènes avaient commencé à engendrer une « confrérisation »  de l’arène. Chaque lutteur prêche pour sa chapelle confrérique et certains allaient jusqu’à prédire leur invincibilité pour avoir la bénédiction de leur guide spirituel.

Certains chefs religieux se targuent d’être le guide spirituel de tel ou tel lutteur de renommée. Cela se comprend parce que la formule « rendre grâce  à mon marabout » est un reflexe mécanique chez les lutteurs ce qui veut dire que ces derniers ont l’assentiment de leur guide religieux qui les incitent à la lutte.  Naturellement, un accueil pompeux est souvent réservé  à ces lutteurs une fois qu’ils rendent visite à certains chefs religieux.

De ce fait, on assiste à un processus de légitimation subtile du phénomène de la lutte par ceux qui sont sensés incarner la religion.

Pire, certains chefs religieux ont commencé à accepter d’être parrainés dans des combats de lutte et certains drapeaux (trophées) leur sont dédiés. Mais le comble de l’horreur, a été atteint avec le combat de lutte qu’on a voulu attribué à Bamba, un homme de Dieu qui a consacré toute sa vie à l’adoration exclusive d’Allah. Et d’ailleurs dans le cadre de cette analyse nous tenterons de nous focaliser  un peu sur ce qu’est le mouridisme et les facéties  qu’on veut l’associer.

Au regard de ce qui précède, le mouridisme qu’on a voulu assimiler à la lutte ou au ludique est une pure hérésie.

Et d’ailleurs une légende authentique est rapportée à ce sens. Le Cheikh qui entendait un tambourinage demanda : « c’est quoi ce bruit? » On lui repondit : « c’est une cérémonie de Lamb (lutte) » le Cheikh ajouta : « Duñu dathie dara, dara, dara. ». (Ils ne trouveront rien, rien, rien).

Cette légende montre à suffisance que Cheikh Ahmadou Bamba n’a jamais cautionné la lutte. Mieux, le Cheikh a toujours considéré les cérémonies de lutte, foncièrement ancrées dans nos traditions,  comme des assemblées de perdition.

Bamba dans son fameux ouvrage Viatique des adolescents, recommande tout adolescent de  fuir les assemblées qui entraînent la perdition. Donc c’est un blasphème que de vouloir lui parrainer un combat de lutte.

Aujourd’hui la lutte focalise toutes les attentions des sénégalais et naturellement  un grand nombre de musulmans crient, s’agitent et se disputent vainement sur des futilités. Cheikh Ahmadou Bamba avait une notion du temps et de son caractère précieux. Ainsi, pour Bamba le mouride doit éviter de perdre inutilement du temps car pour lui  le temps doit être consacré à Allah. C’est pourquoi les bavardages futiles sur les combats de lutte sont une perte de temps énorme pour le mouride qui cherche l’agrément du Seigneur. Bamba avait opéré un désintéressement total aux choses de ce bas monde et il avait déteint cette éducation sur ses disciples. Serigne Modou Adjara Mbacké en était un. A chaque fois que quelqu’un venait lui parler de choses mondaines, il se levait subitement et allait s’asseoir ailleurs. Ce qui veut dire que personne n’osait lui parler des futilités comme la lutte.

C’est pourquoi, il est aujourd’hui triste de constater que le mouridisme authentique tel que enseigné par Cheikh Ahmadou Bamba ne cesse d’être laissé en rade par nous-mêmes qui se réclamons de cette confrérie, alors que Cheikh Ahmadou Bamba a bien clarifié ce qu’est le mouride. Pour le Cheikh, le mouride est celui qui n’a aucune autre aspiration si ce n’est la quête permanente de l’agrément du Seigneur. Cet agrément passe par une privation c’est-à-dire une adoration exclusive d’Allah, l’éloignement de toute chose mondaine et de tous penchants ludiques.

C’est ce qui faisait que parmi les disciples que Serigne Touba avait éduqués, il y avait certains qui récitaient l’intégralité du Saint Coran au cours des prières surérogatoires qu’ils effectuaient chaque nuit. De même, ses disciples étaient constants dans le jeun, la mention des noms de Dieu et les veillées nocturnes la lecture méditative du Livre Saint et bref ils rendaient un culte intense au Seigneur. Cette éducation spirituelle atteste que Bamba et ses disciples se sont toujours consacrés à l’adoration du Seigneur et au désintéressement des artifices de ce bas monde.

Donc, il faut que l’enseignement orthodoxe de Bamba soit revisité. À partir de ce moment on comprendra aisément que le mouride n’est pas celui là qui peut se permettre de tout faire, même si ce n’est de poursuivre ses passions et s’éterniser dans les interdits, et aura sa demeure paradisiaque acquise sans nul besoin d’œuvres de piété.

II/ Pour ce qui est de la musique et de la danse :

Comme nous le savons tous, la musique comme la danse sont  bannies par l’Islam. Mais au Sénégal on semble croire le contraire, au regard des modes de vie de certains musulmans. En effet, la jeunesse est aujourd’hui mélomane et danseuse.  Et de plus en plus, on assiste à l’immixtion de la musique et de la danse dans le périmètre sacré de la religion. Des noms de saints  hommes sont constamment mêlés à la musique profane au rythme des pas de  « mbalakh » ou du « rap ».

Et plus spécifiquement, le nom de Cheikh Ahmadou Bamba est tellement associé à la musique profane au point que ce phénomène est banalisé. Et naturellement on perd de vue le caractère prohibé. Les disciples inconscients en deviennent des accros.

Plus grave, au Sénégal on cherche toujours à légaliser l’illégal et légitimer l’illégitime. Pour ce faire, certains prétendus « mourides »  musiciens, n’hésitent pas de reprendre intégralement les écrits (xassidas) de Bamba dans des morceaux. Comme on l’a cité plus haut, la chanson est accompagnée du rythme endiablé du mbalax, de la salsa ou du rap. Bamba ne mérite pas une telle profanation car il a passé toute sa vie durant au recueillement spirituel et à l’éloignement de toute futilité de ce bas monde.

De même, les cérémonies de « thiant » dédiées à Bamba sont reconverties en de véritables rencontres de danse. Et parfois, c’est la mêlée entre filles non voilées et garçons dans une même enceinte. Il est impensable qu’une cérémonie parrainée à Bamba puisse être associée aux percussions des tam-tams et aux esquisses de pas de danse. Les supposés disciples qui croient qu’avec la danse, ils accéderont à l’agrément de Bamba se trompent.

Le Cheikh avait dit : « quiconque fait ce qui lui plaît, rencontrera ce qui lui déplaira ».   Bamba n’a jamais recommandé le divertissement ou la distraction. C’est pourquoi vouloir l’associer à la danse ou la musique est un véritable sacrilège à son endroit.

Ainsi, la généralisation d’un fait ne lui confère pas sa légalité. Même si aujourd’hui la lutte, la musique et la danse sont devenues des phénomènes de mode, elles ne seront jamais reconnues par Allah. Par conséquent, ces futilités ne doivent pas être associées à Bamba, un saint qui a consacré toute sa vie à l’adoration de Dieu. Cheikh Ahmadou Bamba à opéré un détachement total à ce bas monde donc ne le mêlons pas  à ces mondanités facétieuses au risque de le blasphémer.

Cheikh Mabéye SECK, doctorant en Droit public, élève greffier