TABASKI: Une fête célébrée socialement que religieusement au Sénégal

L’Aid’El Kabîr, fête du sacrifice communément appelée Tabaski a une grande ampleur dans l’agenda des fêtes musulmanes au Sénégal. La tabaski préoccupe à plus d’un titre toutes les personnes et particulièrement les chefs de famille. Cependant, la hantise des charges parfois superflues et facultatives qui obsèdent et angoissent pas mal de chefs de famille montre à suffisance qu’on célèbre la fête, non pas par soumission à une recommandation divine mais parce qu’il y a le regard social.

Allah n’a-t-Il pas dit dans le Saint Coran qu’Il oblige une personne que selon sa capacité ?

Pourquoi cherche t- on donc à outrepasser nos capacités en engageant inutilement des dépenses évitables et non exigées par Allah?

Ces interrogations fort intéressantes laissent à croire qu’il y a implicitement des interférences socioculturelles qui déteignent sur l’accomplissement de l’acte cultuel.

En d’autres termes, il y a une invasion de nos pratiques culturelles dans la célébration de la fête de tabaski.

I/ La Tabaski : Une fête empreinte exagérément de contraintes socioculturelles au Sénégal :

Il est évident que la coutume et la religion entretiennent des relations très étroites. Mais la religion est différente de la coutume. Il y a lieu donc de délier ou de démêler deux choses tout à fait différentes. La religion relève de l’ordre de la croyance et la soumission aux recommandations divines conformément aux règles et principes établis. Or les coutumes sont les convenances socialement admises et dont leurs applications répétitives dans le temps finissent par leur conférer une force obligatoire.

La tabaski à force d’être célébrée dans le temps, a vu progressivement l’immixtion de certaines pratiques sociales et coutumières qui biaisent radicalement sa dimension religieuse.

Aujourd’hui on ne peut quasiment pas échapper au diktat des pressions socioculturelles dans la célébration de la tabaski. Par conséquent, certains musulmans par peur du regard social s’imposent le fardeau d’acheter, à leurs corps défendant, des béliers qui sont au-delà de leurs bourses.

Or, Dieu n’impose aucune personne au-delà de ses moyens. Mais, le souci d’incarner ce que certains musulmans considèrent comme « une respectabilité sociale » les dicte à franchir le seuil de leurs possibilités financières.
Un bélier embonpoint est socialement une obligation pour tout père de famille quelles que soient ses capacités financières.

Et pourtant Allah nous rappelle à la Sourate(22) Al Hadji Verset 37 que : « ni leurs chairs ni leurs sangs ne touche Allah, mais votre piété le touchera. Il vous les (bestiaux) a soumis pour que vous proclamiez la grandeur d’Allah qui vous a guidés. »

De ce fait, les surenchères ostentatoires de béliers vendus à coût de millions qui défraient la chronique sont révélatrices de l’invasion des logiques socioculturelle dans la célébration de cette fête religieuse.

Mieux, il n’est pas obligatoire même de sacrifier un bélier. En effet, au regard de la loi islamique ceux qui n’ont pas les moyens d’acquérir un bélier, peuvent recourir à une brebis, un bouc ou une chèvre.

Mais ce que l’on constate c’est que la société, de gré ou de force, nous impose le bélier et pas n’importe lequel. Du coup, elle nous interdit, de fait, les autres alternatives prévues par la Charia.

Toujours, d’après nos coutumes c’est seulement le père de famille qui a la charge de s’acquitter de cette obligation sacrificielle. Mais religieusement cette croyance est infondée car toute personne musulmane majeure ayant les moyens doit sacrifier un bélier, fut-elle un célibataire.

Aujourd’hui pas mal de musulman(e)s disposant les moyens et qui sont en dehors des liens du mariage croient en être dispensés de cette tradition prophétique réitérée.

C’est parce que le fait serait étrange et bizarre socialement c’est pourquoi d’ailleurs les célibataires étant inaccoutumés de cette tradition prophétique s’en soustraient.

En outre, évoluant dans des sociétés foncièrement coutumières et traditionnalistes, les pesanteurs sociales déteignent sur les modalités d’accomplissement de l’acte cultuel. On a coutume de voir tout une kyrielle de rituels sociaux au moment de procéder au sacrifice du bélier.

Certains font des ablutions au bélier et d’autres déploient toute la famille pour poser leurs mains sur le dos de l’égorgeur. Pis encore, on estampe de plein front ce sang du bélier considéré en Islam comme une souillure.

Une fois terminée, cette offrande est mise en autant de parts qu’on distribue aux différents membres de la famille collatérale et aux voisins. Loin de s’opposer à cet élan de solidarité entre musulmans, mais le hic en est qu’on s’adonne à ces usages non pas pour la face exclusive de Dieu mais c’est par peur d’enfreindre des pratiques socialement établies. Et dans ce dispatching de l’oblation, naturellement la sœur du mari qu’on appelle « la première Ndjeukké» se taille la part du lion avec une jambe en main qui lui revient de droit.
Ces coutumes n’ont aucune base religieuse mais pourtant les populations s’entêtent et restent prisonnières de ces usages culturels.

De quoi a-t-on peur pour s’affranchir définitivement de ces lourdeurs sociales ? Certainement les sociologues ne manqueront pas de répondre à cette interpellation. Mais en ma qualité de juriste, je dirais que l’homme du fait de son instinct grégaire a peur de l’isolement ou de la stigmatisation qui sont des formes de sanctions sociales. C’est pourquoi l’individu pour assurer son intégration sociale doit respecter les règles qui gouvernent cette société. Mais malheureusement cette force obligatoire des règles sociales semble supplanter dangereusement les normes religieuses dans la célébration des fêtes au Sénégal.

Un autre élément non négligeable est « le paraître », autrement dit l’accoutrement et la parure le jour de la tabaski. La religion, bien entendu, recommande de porter de beaux et neufs habits pour célébrer la fête.

Cependant, il convient de souligner qu’elle n’exige à aucun fidèle d’outrepasser la limite de ses possibilités. Mais la concurrence et les stratégies de distinction sociale font que les musulmanes d’une manière sous-jacente se rivalisent d’accoutrements et de parures. Chacun croit qu’il doit avoir un habillement de luxe même si les moyens ne suivent pas, car la possession est gage d’estime et de considération sociale.

Mais ce qui est encore plus regrettable, est la folie des grandeurs et les excès que l’on constate de plus en plus dans les fêtes religieuses au Sénégal. Or l’Islam interdit formellement les excès et le Coran dit à ce sens à la Sourate 7 verset 31 : « Enfants d’Adam revêtez votre parure en tout lieu et temps de prière. Mangez et buvez, ne commettez pas d’excès car Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès. » .

Toutefois cette interdiction divine de l’excès semble être ignorée au regard des abus et des gabegies notés pendant la célébration de la Tabaski.
Les femmes tenaillées par les pressions concurrentielles et des attitudes mégalomaniaques, remuent ciel et terre pour avoir en main deux voire trois accoutrements le même jour de la tabaski, des cheveux naturels et des chaussures de haute gamme etc.…

Certaines femmes exigent de leurs maris d’engager inconditionnellement toutes ces dépenses faramineuses et superfétatoires qu’elles considèrent à leurs yeux comme impératives. Et tout refus de dépenses afférentes à leurs toilettes est susceptible de créer des différends conjugaux voire même d’éventuels divorces.

Or ces exigences ne sont pas recommandées par Dieu, mais la spectacularisation de la tabaski et la boulimie de positionnement social élitiste font que certains musulmans versent de ces comportements ostensibles.
Les femmes ne se soucient guère de la provenance de l’argent et l’énormité des charges endurées, l’importance, pour elle, est de se faire belle la tabaski afin de susciter les regards et de capitaliser les compliments de la société.

A coup sûr, les hommes, dans cette quête d’honorabilité et de respectabilité sociales, deviennent les agneaux du sacrifice car ils se trouvent au lendemain de la Tabaski dans une situation d’impécuniosité et d’endettement chronique. Et toujours on essaie de justifier à tort la gabegie par des arguments moraux, tout le monde a ceci ou cela, moi également je dois l’avoir pour ne pas me déshonorer socialement.

De là donc, nous ne sommes plus dans une logique religieuse car on accomplit l’acte cultuel non pas pour la face exclusive d’Allah mais sous la dictée des orientations de la société.

Cependant, la primauté des règles sociales sur celles religieuses qui sont censées pourtant organiser la tabaski concourt à accréditer la thèse que la fête est socialement célébrée au Sénégal.

De ce fait, il importe de décortiquer le sens essentialiste voire spirituel de la tabaski afin de se libérer de l’enfermement et l’encerclement dans ce carcan carcéral des rituels et pratiques sociales.

II La tabaski : Un moment de retour vers Allah :

Contrairement au festoiement excessif qu’on veut l’assimiler, la tabaski décèle une dimension spirituelle importante. En effet, le sacrifice de la bête remonte à l’histoire d’Ibrahim, tradition que le Prophète (Psl) a perpétuée. Il faut dire que c’est à l’âge de 86 ans qu’Ibrahim, contre toute attente, eut son premier fils, qu’il nomma Ismaël.

Et Dieu l’éprouva en lui demandant de le lui offrir. Mais Ibrahim se montra obéissant à l’ordre du Seigneur. Allah lui rappela dans un songe la promesse qu’il Lui avait faite. Il dit alors à son fils :” Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ” .

Ismaël dit à ce propos : ” Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants “. (Coran, Sourate37 Verset102).

Et le Coran qui rapporte ce dialogue, poursuit en ces termes :” Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que nous l’appelâmes : ” Abraham ! Tu as confirmé la vision (…) Et nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse ” Sourate 37, Versets
103-104-105-107.

Il ressort de la lecture de ces passages du texte coranique que la tabaski doit être un moment fort d’introspection pour tout musulman car elle doit nous permettre de jauger notre degré de soumission à Allah.

En effet, Ibrahim comme son fils Ismaël ont fait montre d’une soumission exemplaire à Allah malgré le caractère ardu de l’épreuve.

C’est pourquoi vouloir confiner la Tabaski à une simple festivité folklorique relève d’une vision réductionniste voire simpliste car le sacrifice de la bête représente un acte symbolique d’une grande spiritualité.

Cette épreuve d’Ibrahima est pleine d’enseignements que nous devons avoir la clairvoyance de décrypter au lieu de se laisser emberlificoter par la noce et les réjouissances.

Et parmi ces enseignements, il y a la crainte révérencielle en Dieu. Si la projection est faite en soi on comprendra aisément qu’il faut une croyance solide en Dieu pour pouvoir parvenir à immoler son propre fils.

En vérité l’homme développe une affectivité naturelle à sa descendance donc il n’y a que la crainte en Dieu qui peut vaincre cette affection instinctive et Ibrahim l’a fait.

De même son fils Ismaël est également pétri d’une foi inébranlable en Dieu car il n’a pas hésité d’un seul iota devant l’imminence de la mort jusqu’à ce que le Seigneur le remplace par un bélier.

Dieu dit dans le Coran : «Nous rachetâmes l’enfant par un bélier considérable » (Sourate.37, Verset.107).

Dans ce même sillage la tabaski nous enseigne qu’Allah a besoin d’un cœur pur exempt de tout vice.

En réalité l’acte cultuel en tant que tel est un moyen mais n’est pas la finalité. Donc le sacrifice du mouton est un moyen qui doit nous conduire à une finalité notamment une foi solide en Dieu et un cœur immaculé.

Cela se comprend à la lecture de ce passage du saint Coran : «Ni leur chair ni leur sang(les bêtes) n’atteint ALLAH, mais ce qui l’atteint de votre part, c’est la piété… » (Sourate.22, Verset.37).

Donc l’acte d’abattage est superficiel mais intrinsèquement, il doit nous conduire à la piété et un cœur comblé d’Allah.

En effet, Dieu n’aime pas qu’on L’associe à personne que ce soit sa famille, ses enfants ou ses biens. Or ceux-ci constituent de véritables obstacles pour accéder à Allah. En effet, l’amour de ces biens terrestres au détriment du Créateur Suprême est une forme d’associationnisme voilé.

Et, le Seigneur a voulu sonder Ibrahim en l’éprouvant d’immoler son unique fils d’alors. Et comme je l’ai dit plus haut l’homme a naturellement une affectivité à sa descendance mais Ibrahim qui a un cœur sain n’a voulu associé rien à son Seigneur. C’est pourquoi il s’apprêta promptement à immoler son propre fils qui pouvait s’ériger comme une barrière devant Allah.

A travers la Tabaski donc, nous devons apprendre qu’Allah a besoin d’un cœur sain qui ne soit entaché ni de la famille, ni des enfants encore moins des biens d’ici-bas, mais d’un cœur comblé de l’amour du Seigneur.

Le prophète Ibrahim serait dubitatif ou désobéissant s’il y avait un quelconque amour de son fils Ismaël.

De ce fait, un cœur sain est celui qui est exempt de tout amour si ce n’est celui de Dieu.

L’amour excessif des biens de ce bas monde en lieu et place du Créateur qui les a créés est constitutif d’un associationnisme.

Allah l’a bien corroboré dans le Saint Coran en nous rappelant à la Sourate 26 Versets 88-89 que la résurrection est : « le jour où ni les biens ni les enfants ne profiteront, sauf à quiconque vient à Dieu avec un cœur sain. »

Dans la même foulée la Sourate 34 Verset 37 confirme le verset précité. Allah nous y dit que : « Ni vos biens ni vos enfants ne sont chose à vous rapprocher à proximité de Nous(Allah) … »

La tabaski est donc une opportunité qui s’offre à tout musulman de rompre avec toute chose qu’il peut associer à Allah le Tout-Puissant. Et c’est cette leçon d’une haute portée spirituelle que le prophète Ibrahim nous a livrée à travers la Tabaski. Il est donc grand temps de délier ce qu’est la Tabaski de ce qui ne l’est point. Les coutumes et rites n’ont qu’un fondement social mais ne doivent pas prendre le dessus sur les règles directrices qui gouvernent la religion surtout dans la célébration de la tabaski.

De même on ne doit pas faire abstraction de la dimension spirituelle qui est l’essence malgré l’amplification folklorique et la théâtralisation sociale de la tabaski.

Cheikh Mabeye Seck
Magistrat
Septembre 2014

Le pardon dans l’éthique musulmane et ses bienfaits

« Pardonner, c’est dire à l’autre : ” Tu vaux mieux que tes actes”»

L’Islam étant une religion de paix, le  comportement du Musulman consiste en une éthique fondée sur des valeurs telles que le don de soi, l’altruisme et surtout le sens du pardon. Ce dernier caractère nous préoccupe ici car il est au centre de la morale islamique si bien qu’on gagnerait à le cultiver et à le véhiculer en raison de ses multiples bienfaits. En effet, on lit dans le coran que le fait  d’endurer et de pardonner fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires. Les prophètes et les saints l’ont tous incarné et aujourd’hui, la science nous révèle ses vertus médicales.

  1. LE PARDON DANS LA MORALE ISLAMIQUE

Dans le Coran, le pardon envers autrui est fortement recommandé. Il apparait comme une forme d’adoration qui renforce la foi du croyant  et lui fait bénéficier de la miséricorde divine. Allah dit: «Et concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin (paradis) large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux, qui dépensent dans l’aisance et dans l’adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui…».

Il  ressort du texte coranique que le pardon n’est pas la résignation forcée ni un ultime recours après épuisement de toutes les possibilités de sanction ou de représailles. Comme de la charité, il est un acte volontaire pour le croyant qui préfère endurer les torts pour profiter la clémence divine. En effet, le Coran nous apprend que « La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Dieu…».

Le Prophète (PSL), présenté dans le Coran comme une miséricorde pour l’univers (Coran 21:107), est le modèle achevé dans ce domaine. Figurent parmi les preuves de cette miséricorde, l’indulgence, la tolérance, la compassion et le sens du pardon dont il a fait montre en maintes circonstances. En effet, il est connu qu’il ne se vengeait jamais pour des raisons personnelles, ne répondait jamais au mal par le mal, mais trouvait des excuses et pardonnait aux autres.  Plusieurs épisodes de sa vie dont son attitude vis-à-vis des gens de Taïf et son  entrée triomphale à la Mecque illustrent parfaitement son sens  élevé du pardon.

Le Messager d’Allah ne s’est pas contenté de donner l’exemple. Il a aussi beaucoup exhorté les croyants à la sérénité, à la compréhension, à l’humilité et au pardon.  En témoignent les paroles qu’on lui attribue et selon lesquelles, « le fort n’est pas celui qui terrasse les gens dans la lutte, mais le fort est celui qui reste maître de lui-même dans la colère ».

De ces propos, il apparait que rester maître de soi dans la colère est une vertu à laquelle il est certes difficile d’accéder, mais qui renferme des avantages innombrables. En effet, un hadith authentique nous apprend qu’un jour,  un bédouin était venu voir le Messager et lui demanda de lui apprendre les paroles qui réunissent tout le bien. Contre toute attente,  le prophète lui ordonna de ne pas se mettre en colère.

Dominer la colère est un exploit, savoir pardonner en est un autre. Le hadith qui suit montre que le pardon est une nécessité car son défaut peut nous faire perdre beaucoup parmi les privilèges qu’Allah accorde aux musulmans. Le lundi et le jeudi, a dit le Prophète, les portes du Paradis sont ouvertes et il est pardonné à quiconque n’a pas attribué d’associé à Dieu, à l’exclusion, cependant, de ceux qui auront eu un différend avec un de leurs frères.

Rien que ces deux hadiths montrent que le pardon doit être un véritable crédo pour tout musulman.

  1. LE PARDON ET SES BIENFAITS.

Pour le croyant, la pratique du pardon doit être faite dans le seul but de plaire à Dieu. Cependant, elle procure de multiples autres bienfaits. Elle est, en effet, la condition indispensable à la paix intérieure et à paix sociale en ce sens qu’elle permet de briser le cycle dévastateur de la violence d’abord au niveau individuel et ensuite sur le plan collectif.

Par contre, ceux qui se laissent guider par l’émotion et la colère tombent facilement dans les pièges de Satan qui ourdie en permanence pour semer la haine et installer l’hostilité. Dans ces conditions, l’acte de pardonner devient inimaginable parce que vécu comme une faiblesse ou une soumission. Pour s’affirmer, l’individu a souvent recours à la vengeance qui généralement s’avère inefficace. Il en résulte souvent des querelles et des bagarres parfois sanglantes ou meurtrières. Par ce biais, l’entente au sein des familles et au-delà la paix et la cohésion sociale sont gravement compromises.

Pour éviter cela, la solution est à rechercher dans le pardon qui constitue la seule véritable arme. Il  met un terme sinon atténue les disputes, permet les réconciliations, fait disparaitre l’esprit de vendetta, installe l’amitié entre des gens qui, naguère, étaient de farouches ennemis, rétablit la paix, l’unité et la concorde sociales. C’est pourquoi, le Coran dit: « L’action bonne n’est pas semblable à la mauvaise. Repousse celle-ci par ce qu’il y a de meilleur: Celui qu’une inimitié séparait de toi deviendra pour toi un ami chaleureux ».

Sous ce rapport, on s’aperçoit que le pardon est une force dont l’effet brise les barrières,  rompt l’enchainement des haines et des vengeances, nous permet d’accepter et même d’aimer ceux qui nous ont blessés. A la différence à la vengeance qui  généralement entraine après du remord, du chagrin et du regret, le pardon donne de la confiance en soi et augmente l’espoir en Dieu.  Il anéantit la souffrance morale, la dépression ainsi que le stress et est, de ce point de vue, une véritable source de bonheur.

C’est donc à juste raison que le Pape Jean Paul II  disait : « Une paix véritable n’est possible qu’à travers le pardon(…). Demander et accorder le pardon, voilà des actes qui sont le reflet de la profonde dignité de l’être humain. C’est parfois l’unique chemin qui permet de sortir de situations caractérisées par une haine ancienne et féroce ».

Des études scientifiques récentes ont également montrés que le pardon  améliore la santé mentale et  physique chez l’homme. Selon les résultats, les personnes qui ont appris à pardonner se sentent beaucoup mieux au plan physique et  émotionnel parce que le pardon développe un état d’esprit positif qui génère l’espoir, la patience et la confiance en soi, en réduisant la colère, la souffrance, la dépression et le stress. On peut donc   considère que le pardon est une matrice pour la santé et le bonheur.

De manière précise, il aurait été démontré que  la colère qui perdure, la dépression, le stress et l’hostilité perturbe l’équilibre émotionnel et multiplient les risques de crise cardiaque et autres maladies du cœur. Plus qu’on simple état d’esprit, la colère nuit à la santé humaine, mais son remède est le pardon.

LES CONDITIONS DU PARDON

Le pardon est un véritable combat contre l’âme charnelle car ce sont l’orgueil, la recherche de la gloire et de façon générale l’amour du bas-monde qui entrainent la dureté de cœur et empêche d’accorder le pardon. Aussi est-il difficile de pardonner surtout pour celui qui ne vit pas selon les valeurs morales de l’Islam.

Cela est cependant facile et même automatique  pour la personne qui est dotée d’un cœur pur, qui n’a pas de penchant pour la gloire personnelle, qui est exempt de rancœur et de jalousie. Il est aussi aisé pour le croyant qui a confiance en Allah et qui est convaincu que la vie présente n’est qu’une étape qui mène à la demeure éternelle. Celui-là ne se limite pas à pardonner, mais il oublie et implore le pardon pour ses frères (voir S59.V10).

Le sens du pardon fait donc partie des traits supérieurs de la morale islamique qui exige de l’endurance, de la patience, de la compassion, de la tolérance et de la longanimité. En fait, sans ces prédispositions permettant la maîtrise de soi devant l’offense, il est impossible  de dominer  la colère qui fait naitre le sentiment de vengeance ou la volonté de nuire.

La maîtrise de la colère dans l’épreuve est une condition indispensable à la réalisation du pardon sincère. C’est pourquoi, le prophète  nous a indiqué, à plusieurs endroits, la voie pour vaincre la colère. Il dit à ce propos : «Que celui d’entre vous qui se met en colère s’assoit s’il est debout.  Si sa colère ne se dissipe pas qu’il s’allonge sur le côté».

Il conseille également de garder le silence sans doute pour ne pas entendre des propos plus désagréables qui augmenteraient la colère ou pour ne pas tenir des paroles qu’on pourrait regretter après. Dans un état d’excitation, il recommande aussi  de solliciter la protection d’Allah contre le diable ou de faire les petites ablutions. «La colère, a-t-il dit, provient du diable. Et le diable a été créé de feu. Que celui d’entre vous qui se met en colère, fasse ses petites ablutions».

CONCLUSION

A terme, il nous a apparu que le pardon est une dimension importante de la spiritualité. C’est un facteur de  paix intérieur et extérieur. Sa négation entraine la violence physique et morale pouvant être fatale pour l’individu et la société. Tandis que la vengeance provoque un sentiment de désespoir, le pardon suscite  l’espoir, ouvre la porte à la guérison émotionnelle et à la réconciliation. Il est aussi source de longévité en raison de ses effets positifs sur la santé humaine.

Latyr NDIAYE
Administrateur Civil, Dr en Histoires
Décembre 2015

Le travail dans l’Islam ou « KHIDMA »

Dans la religion musulmane, le travail est avant tout un acte d’adoration. Si l’islam réprime l’oisiveté, il encourage, dans la même lancée, toute forme de travail licite que ce soit intellectuel ou manuel. En effet, la recherche de moyens de subsistance par des voies légales doit être la visée de tout musulman et même de tout individu. Le progrès et le développement de toute société reposent sur le travail. Au-delà de l’aspect temporel dans lequel nous le confinons, le travail constitue un combat qu’on mène sur la voie d’Allah. Donc naturellement, celui qui travaille pour la survie de sa famille et pour la satisfaction de ses besoins, est en train de mener une noble action selon le point de vue de l’islam. Pour preuve, un jour, un homme passait devant le Prophète (psl) ; les compagnons de l’Envoyé d’Allah dirent : « Ce serait mieux pour lui  s’il peinait dans la voie de Dieu ». Le Prophète (psl) répondit : « S’il bossait pour nourrir ses enfants à bas âge, ou pour nourrir ses ascendants âgés ou pour se prémunir contre le besoin, il est dans la voie de Dieu ».

La meilleure nourriture disait le Prophète (psl) est celle que l’on acquiert au moyen du travail de sa main. Dans le Coran également, Dieu encourage à la prière autant qu’au travail. « Lorsque la prière est achevée, dispersez-vous sur terre, recherchez la grâce d’Allah ; invoquez souvent le nom d’Allah, afin que vous réussissiez » (Le Coran 63-10).

Donc le travail est un pilier essentiel dans la religion musulmane mais aussi dans la marche du monde. Naturellement, celui qui incite au travail réprouve la mendicité par paresse. Autrement dit, de la même manière, qu’il n’est pas permis d’être oisif et de se contenter de dire « Mon seigneur, donne-moi. », il n’est pas non plus  permis de tendre la main aux autres sauf cas de force majeure. La mendicité, qu’elle soit  apparente ou déguisée, doit être bannie de notre société puisqu’elle ne fait que nous enfoncer dans le sous-développement. Le Prophète (psl) a dit que « chaque fois qu’un serviteur ouvre une porte de mendicité, Dieu lui ouvre une porte de pauvreté ».

Un jour, quelqu’un demanda au Prophète (psl) de l’argent en aumône, alors qu’il était bien portant, l’Envoyé d’Allah l’interrogea s’il avait quelque chose à la maison; l’homme répondit : juste une couverture et un récipient pour boire l’eau. Le Prophète (psl) lui demanda de les apporter. Une fois cela fait, le Messager (psl) mit cela en vente. Certains proposent un dirham, d’autres deux. A terme, le Prophète (psl) vendit cela et remet les deux dirhams à l’homme. Il lui conseilla ensuite de payer avec le premier dirham de la nourriture pour sa famille, et d’acheter avec l’autre dirham une pioche, ce que l’homme fit. Au retour le Prophète (psl) lui demanda d’aller se servir de l’outil pour gagner sa vie. Au bout de quinze jours, il a gagna, du fruit de son propre labeur, dix dirhams.  Le Messager (psl) lui dit alors : « Cela vaut mieux que la mendicité qui va être une marque sur ton visage le jour de la résurrection ». Donc la mendicité, même si elle est autorisée dans certaines conditions, elle n’est pas du tout encouragée par l’islam. Notre religion considère le mendiant, s’il est sain de corps et d’esprit, comme un individu sans personnalité et sans dignité.

De façon globale, le travail demeure, pour le musulman,  la seule alternative pour subvenir à ses  besoins et participer  à la bonne marche de la société. Nous affirmons avec force que le travail qui présente le plus grand intérêt est le travail que l’on accomplit pour la véritable cause de l’Islam. C’est bien de travailler pour aider sa famille, avoir un cadre de vie décent; mais si on devait se limiter à cela, un certain égoïsme s’installerait. Au-delà de cette forme de travail, il faut savoir suer, travailler pour la  cause de la religion.

C’est le sens de ce travail qu’a bien compris CHEIKH AHMADOU MBACKE MAA-UL HAYAAT. Il ne cesse d’inviter ses disciples, les sénégalais  et l’humanité tout entière à s’investir corps et âme pour la réussite des projets de l’islam. Les champs qu’il cultive, les nombreuses actions qu’il entreprend s’inscrivent dans la lutte contre la pauvreté, la restauration de la dignité humaine et le développement du pays. Tout cela est fait sans tambours ni trompettes. Si son exemple était largement suivi, nous sortirions à coup sûr du sous-développement et entrerions dans le cap de l’émergence tant chanté par nos dirigeants.

Moussa THIAW
Professeur de Lettres
Décembre 2015

Patrons de presse : halte à la diabolisation du mois béni de Ramadan

Le ramadan est un mois sacré chez tous les musulmans du monde entier. Il a été rendu obligatoire par Dieu, comme étant le quatrième pilier de l‘Islam, dans la seconde année de l’Hégire (622), par la révélation de ce verset :

« Ô les croyants ! On vous a prescrit as-Siyam (le jeûne) comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété » (sourate 2, verset 183).

Cependant des patrons de la presse sénégalaise semblent ne pas respecter l’honorabilité de ce mois béni, mais restent guider uniquement par des recettes publicitaires au prix même à diaboliser l’Islam.

Une période sacrée

L’objectif du jeûne, c’est de permettre aux croyants d’atteindre la véritable crainte référentielle en ALLAH. Celle-ci se manifeste dans le savoir, le savoir-être et le savoir-faire qui corroborent parfaitement les enseignements de l’Islam. Le mois de ramadan bien accompli est sanctionné par un diplôme qui est une somme de vertus nourrissant le croyant durant son court séjour terrestre. Ainsi, le musulman est amené à mener un combat permanant contre ses quatre ennemis que sont : âme charnelle, satan, plaisir et bas-monde, dans l’intention de purifier et d’élever son âme spirituelle. En effet, c’est la purification de cette dernière qui ouvre au musulman les secrets divins dont la perception procure la crainte véritable en Dieu.

Loin de se réduire à l’abstinence alimentaire, le jeûne exige du musulman la mobilisation de tout son corps qui doit être préservé du blâmable à tout moment, à plus forte raison durant le mois béni de ramadan. En effet, le corps humain est composé d’ouverture (de sens) qui toutes convergent au cœur. Leur libération endurcit le cœur et l’obscurcit au point que l’homme s’emballe dans les plaisirs, le chemin de la déchéance et de la géhenne. Pour parer à cette éventualité, Dieu dans Sa Miséricorde infinie nous a gratifiés de ce mois béni de ramadan et a fait du jeûne un exercice spirituel qui doit démontrer au musulman sa capacité de se priver, pour un temps, ce qui lui semblait indispensable. Cette mise en train du cœur par la jihadu naf’s (lutte contre don âme charnelle, la retenue) est le chemin du salut dans les deux mondes (terrestre et céleste). C’est ainsi que Dieu s’adresse aux humains en ces termes :

« Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité,  sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain.»

« On rapprochera alors le Paradis pour les pieux. Et l’on exposera aux errants  la Fournaise » (Sourate 26, versets 88 à 91).

Le Prophète Mouhammed (P.S.L), de son retour à la grande bataille de Badr disait à l’endroit des combattants : «  la petite bataille vient de se terminer, il reste la grande bataille ». Ses compagnons lui demandèrent « Ô Prophète de Dieu quelle est la grande bataille ? », il répondit : « c’est la lutte contre son âme charnelle (jihadul naf’s). »

Cheikh Ahmadou BAMBA dans Les cadenas de l’Enfer, n°11 écrit ces très beaux vers :

2/5 « Frères, désirez ardemment la guerre sainte de l’âme !

3/5 « C’est par elle que vous gagnerez le Paradis.

4/5 « Celui qui ne mène pas le combat pour son âme, n’obtiendra rien de bon.

5/5 «  C’est là, j’en jure par ma vie, le suprême combat ! »

El Hadji Omar TALL aborde dans le même sens. Pour monter l’importance de la lutte contre son âme charnelle, il écrit dans Ar-Rimah :

« La guerre sainte aux infidèles est à la portée de tout un chacun, tandis que le combat spirituel est le privilège des meilleurs, car il est plus facile de combattre autrui que soi-même. »

Le mois de ramadan est donc sacré pour les musulmans. Le prophète Mouhammad (P.S.L) a dit :

« Le ramadan est venu à vous ! C’et un mois de bénédiction. ALLAH vous enveloppe de paix et fait descendre Sa Miséricorde. IL décharge des fautes et IL exauce les demandes. ALLAH vous regarde rivaliser d’ardeur dans ce but et IL se vante de vous auprès de Ses anges. Montrez à ALLAH le meilleur de vous-mêmes, car c’est bien malheureux celui qui est privé de la Miséricorde d’ALLAH, Puissant et Majestueux ! »  (hadith rapporté par Ibn Maja).

Le Prophète (P.S.L) de l’Islam a dit aussi :

« Celui qui jeune le mois de ramadan, en connaissant et en respectant avec vigilance les règles du jeûne expie son passé » (Boukhari).

Dans un autre hadith rapporté par Bayhaqi, le Prophète (P.S.L) a dit :

« Si les serviteurs savaient quelle est la valeur du mois de ramadan, ils souhaiteraient que l’année toute entière fût ramadan ».

Vue l’importance d’un tel mois, le musulman doit s’efforcer de ne commettre le moindre acte susceptible de lui faire perdre les avantages liés à l’observance stricte des règles du jeûne.

Des attitudes de diabolisation de l’Islam

Cependant, il est regrettable de constater que certains patrons de la presse sénégalaise font semblant d’ignorer complètement ce mois béni, comme si on n’est pas dans un pays à majorité musulmane.  Pour preuve, à l’heure de la rupture du jeûne, les télévisions nous servent des sketchs qui, non seulement dépassent les limites du respect pour ce mois ainsi que celles de la décence, mais pire, essayent de diaboliser l’Islam. Les musulmans, en grande partie, ignorants de ce qu’ils sont et de ce qu’ils doivent représenter pour le reste de l’humanité, se laissent emporter par ces sketchs insensés jusqu’à faire fi de la prière de timis, du recueillement et surtout de la repentance avec un cœur voué à ALLAH (s.w.t). De ce fait, le musulman tombe dans le piège de ces « ennemis de l’Islam » qui ne sont intéressés que par le gain de la publicité. Et finalement, sa faim et sa soif ne lui seront d’aucune utilité, au moment des comptes (qu’ALLAH nous en préserve).

Baye Fary SEYE
Journaliste, Ecrivain
Juillet 2011

Enregistrements dissimulés ou volonté de nuire ? : Analyse sous un prisme juridico-religieux

La conceptualisation hobbesienne de l’état de nature, qui   n’était qu’une hypothèse fictive de départ dans son

raisonnement philosophique, semble se transposer invraisemblablement dans nos sociétés actuelles.

 En effet, tel qu’il avait été théorisé par Hobbes, l’état de nature est caractérisé par la guerre de chacun contre chacun où l’homme développe toutes ses capacités de nuisance pour anéantir son semblable.

 Cependant, la structuration de notre milieu social actuel présente toutes les caractéristiques de cet état de nature au regard des coups bas, des crocs en jambe, de la médisance, du dénigrement gratuit, des délations et des combines malsaines ourdies à dessein pour ternir l’image de son frère musulman.

Maintenant, dans nos sociétés aucune stratégie maladroite et malhonnête n’est de moins pour jeter de l’opprobre et ridiculiser publiquement son frère musulman. Et, le recours aux enregistrements clandestins en est une. Malheureusement, depuis un certain temps on a constaté au Sénégal le recours à ces enregistrements audiovisuels dissimulés et leurs diffusions sur internet afin d’entacher l’honneur et la réputation d’honnêtes gens.

L’invasion, de la sphère sociale par ces comportements vicieux, a profondément parasité et désarticulé les rapports sociaux. Résultat des courses, l’animosité, la jalousie et la volonté de nuire par plaisir rythment la quotidienneté des rapports humains. Et naturellement, l’hypocrisie s’installe au cœur des relations humaines parce que celui-  là qui vous sourit n’hésite pas à vous poignarder dans le dos.

De ce fait, la vie en harmonie, la paix, l’union des cœurs et l’amour fraternel sont devenus, aujourd’hui, des valeurs rares.    Or,  c’est ce que l’Islam a toujours enseigné à travers le Prophète (PSL).

Mais la sécularisation galopante du 21ème   siècle a engendré un dépérissement généralisé des valeurs religieuses et des bons comportements qui devaient être le socle des rapports humains.

Par conséquent l’homme, en enfreignant les règles et valeurs cardinales enseignées par la religion, s’auto-installe dans une société en perpétuel conflit où l’homme est un véritable loup pour l’homme pour reprendre le philosophe Thomas HOBBES.

Les enregistrements dissimulés se révèlent aujourd’hui comme une véritable arme de guerre servant à abattre ou à nuire lâchement à son frère musulman.

Ces comportements veules et vils dénotent du délaissement de l’enseignement du Prophète(PSL), lequel délaissement nous a installé dans une véritable jungle sans foi ni loi où n’importe qui fait n’importe quoi.

Or, le prophète(PSL) a été envoyé pour parfaire la noblesse des comportements. Et, il nous rappelle dans ce même sillage que les meilleurs d’entre nous sont ceux qui jouissent des bons caractères.

Parmi, ces bons caractères enseignés par le Prophète(PSL) il y a le fait de se méfier de toute conjecture à l’égard des autres et à plus forte raison les médire. Cela est doublement corroboré  par  un verset et un Hadith (tradition prophétique) rapporté par Abu Hurayra. En effet, Allah dit à la Sourate 48 (les appartements) verset 13 : « Ô vous qui avez cru ! évitez de trop conjecturer (sur autrui) car une partie des conjectures est péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait- il manger la chair de son frère mort ? (Non) vous en aurez horreur… »

Dans ce même registre, selon Abu Hurayra le Messager de Dieu (PSL) a dit : « N’employez pas vos cinq sens à la recherche des défauts des autres et ne vous espionnez pas. Bannissez entre vous toute concurrence déloyale, toute envie et toute haine. »

A la lecture combinée du verset précité et de ce Hadith, l’on se rend compte qu’Allah réprouve fortement la médisance et la calomnie parce que le processus d’interdiction commence par la phase psychologique(le fait d’avoir certaines suppositions négatives sur la personne est péché, mise à part alors toute extériorisation en parole.) Qu’en est-il alors de ceux-là qui passent tout leurs temps à dire du mal sur le dos de leurs frères musulmans ?

En outre, Allah(SWT) interdit dans  le verset 13 précité le recours à l’espionnage et le Hadith rapporté par Abu Hurayra l’étaye à suffisance. Le musulman doit se garder d’espionner son frère musulman pour enfin révéler ces défauts aux autres.

Or, l’enregistrement clandestin est le prototype de l’espionnage. Par voie de conséquence, ces enregistrements ne peuvent trouver un fondement dans l’Islam surtout si son auteur est mû par une intention perfide et sournoise d’écorner l’image d’une personne. En réalité, ces enregistrements dissimulés s’apparentent à une véritable mesquinerie qui, au finish,  remet  non pas en cause la crédibilité de la personne subrepticement enregistrée mais celle de son auteur.

Cependant, une petite digression nous permettra d’analyser les contours juridiques de ce phénomène des enregistrements clandestins qui commence à prendre gravement forme dans notre pays.

Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication a apporté son cortège de dégâts avec notamment l’apparition de nouvelles situations pénalement répréhensibles.    Au Sénégal, l’enregistrement clandestin en soi ne revêt aucun caractère infractionnel. Mais depuis 2008 deux lois ont enrichi le dispositif normatif sénégalais et ont incriminé le délit d’enregistrement des données à caractère personnel et leur divulgation pour porter atteinte   à la  considération  de  l’intéressé  ou à l’intimité de sa vie privée. Il s’agit de la loi 2008-11 du 25 janvier 2008 portant cybercriminalité et la loi 2008-12 du 25 janvier 2008 relative aux données à caractère personnel.

D’ailleurs, la loi relative  aux  données à caractère personnel en son article 34 dispose que la collecte, l’enregistrement, le traitement, le stockage et la transmission des données à caractère personnel doivent se faire de manière licite, loyale et non frauduleuse. A la lumière de l’article 4 alinéa 6 de cette même loi, la voix d’une personne peut être considérée comme étant une donnée à caractère personnel. Par conséquent, rien que l’acte matériel d’enregistrer la voix d’une personne à son insu suffit pour établir la violation de l’article 34 précité.

De   même, l’article 431-22 de la loi portant  cybercriminalité dispose: «  Quiconque  aura collecté des données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite, sera puni d’un emprisonnement  d’un  (1)  an  à sept

(7) ans et d’une amende de 500.000 francs à 10.000.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement. » Toutefois, il importe de relever qu’en l’état actuel, le juge sénégalais semble ne pas attacher toute la répression qui sied à ces enregistrements dissimulés. C’est pourquoi, cet acte pénalement condamnable commence à prendre des proportions démesurées.

Un autre point de droit non moins important est l’irrecevabilité de l’enregistrement  clandestin comme  moyen  de  preuve. En effet, l’irrecevabilité trouve fondamentalement sa justification dans la déloyauté du procédé d’acquisition de la preuve. C’est pourquoi au-delà de la religion, le droit même refuse d’attacher à ces enregistrements dissimulés une force probatoire.

Même endroit pénal où l’administration de la preuve est libre, l’enregistrement dissimulé d’un prévenu (même si ce dernier avouait dans l’enregistrement être l’auteur d’une infraction) est parfois déclaré irrecevable comme moyen de preuve du fait de la déloyauté du procédé utilisé par la partie civile pour entrer en possession dudit enregistrement. Ainsi, l’irrecevabilité de l’enregistrement  clandestin comme moyen de preuve découle des manœuvres subreptices et de la fraude concoctée de toute pièce. Or, en droit la fraude corrompt tout.

Rappelons que l’enregistrement clandestin est le fruit d’un acte délictuel notamment l’espionnage.  En l’état du droit positif sénégalais l’espionnage n’est pas incriminé par le législateur mais c’est le contraire en France où l’espionnage supporte une qualification délictuelle.

Le délit d’espionnage trouve son siège dans l’article L226-1 et 2 Code Pénal français. Ce délit se résume d’une part dans la captation, l’enregistrement ou la transmission sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, et d’autre part, la communication au public des informations enregistrées.

Au-delà de ces mises au point sur le plan juridique, les enregistrements dissimilés révèlent à coup sûr une volonté délibérée de nuire et cela est justifié par  les  montages  altérants  et la provocation des réponses de la personne enregistrée à son insu.

Il importe de souligner que les enregistrements ne sont pas diffusés à l’état  dans  lequel  ils  ont  été  faits. En effet, certaines personnes malintentionnées procèdent maladroitement à des montages en vue de déformer radicalement  la teneur des propos tenus dans l’enregistrement brut. Le but poursuivi est alors de vouer aux gémonies d’innocentes personnes. Ainsi, la mauvaise foi de l’auteur de l’enregistrement n’est plus à démontrer dès lors qu’il procède à des compilations de propos contradictoires qui enlèvent à l’enregistrement toute cohérence et crédibilité.

Dans la foulée, certains auteurs d’enregistrements clandestins font dans la provocation. Autrement dit, l’instigateur de l’enregistrement dissimulé tente sciemment de faire dire à son interlocuteur des propos répréhensibles et condamnables qu’il pourra éventuellement utiliser pour une large diffusion sur internet.

En l’espèce on peut invoquer le cas des enregistrements de Moustapha Cissé LO. En effet, dans ce cas précis l’auteur de l’enregistrement a procédé à des montages de nature à enlever complètement sa voix de la bande sonore diffusée sur internet. Or, à écouter la bande sonore l’on se rendra compte qu’il disait pire que Moustapha Cissé LO parce qu’il provoquait les réponses de son interlocuteur.

C’est le même scénario avec l’enregistrement clandestin dont Souleymane Jules DIOP faisait l’objet dernièrement. Les exemples pouvaient être multipliés par rapport à ce phénomène qui a pris une ampleur insoupçonnée au Sénégal.

Le Sénégal est un pays à majorité musulmane mais les comportements quotidiens ne les attestent jamais. Or, cette majorité devrait inéluctablement déteindre sur nos modes de vie de sorte que les bons caractères évoqués plus haut soient une réalité dans nos rapports personnels.       Il est incompréhensible qu’un musulman puisse souhaiter du mal à son frère  ou le haïr au point de le vilipender pour entacher son honorabilité et sa respectabilité.

Et pourtant, le Prophète(PSL) a toujours enseigné au non dévoilement des défauts des autres comme ça Allah(SWT) nous couvrira d’ici bas et  à  l’au-delà.  Le   Prophète(PSL) dit dans le Hadith rapporté par An Nawawî : « celui qui couvre une faiblesse (physique ou morale) d’un musulman, Allah(SWT) le couvrira dans ce monde et dans l’autre. »

Mieux, le Prophète (PSL) ne nous a-t-il pas enseigné qu’aucun de nous (musulmans) ne devient véritablement croyant, jusqu’à ce qu’il aime pour son frère, ce qu’il aime pour lui-même ?

Mais a y voir de prés, on dirait que nous nous sommes complètement détournés des enseignements du Prophète(PSL) tout en  prétendant être ses inconditionnels. Les Dahiras et certains personnes dénommées « Soop Nabi »  (les  inconditionnels du Prophète(PSL) foisonnent dans ce pays mais il est grand temps qu’on passe à « Toop Nabi » c’est-à-dire suivre strictement ses enseignements.

Ces enregistrements dissimulés ne reposent ni sur le Coran encore moins sur les enseignements du prophète(PSL) et ce sont les musulmans qui s’adonnent à une telle pratique sournoise. Dès lors, il ya lieu alors de conformer davantage  nos  intentions, paroles et actes à ce qu’Allah(SWT) agrée.

Le Jour du Jugement dernier que nous projetons dans un futur lointain, nous est trop proche. Et, chacun de nous comparaitra devant le Tout Puissant et répondra de tout acte qu’il a eu à commettre durant sa vie d’ici. La conscience de l’irrémédiabilité et de l’imminence de cette comparution devrait nous conduire sans nul doute à faire du bien et de le dire envers les autres.

Cheikh Mabèye SECK
Magistrat

Critique littéraire : «L’homme, le monde contemporain et Maa-ul-Hayaat» de Papa Fary Seye

« L’homme, le monde contemporain et Maa-ul-hayaat » est le troisième ouvrage de l’écrivain Papa Fary Seye après Racines égyptiennes de l’au- delà musulman (L’Harmattan 2011) et Sara, la lune du jour (L’Harmattan 2012).

Enseignant titulaire d’un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA). Spécialisé en Egyptologie, il     poursuit     toujours ses recherches dans ce domaine. Il est aussi titulaire   d’un    diplôme en journalisme et est le Directeur de  publication du magazine « Maa-ul- hayaat » et Président du Groupe Maa-ul-hayaat communication.

C’est un ouvrage très spirituel  (89  pages) partant de  la  quête  de soi, de l’intimité et  de cette essence de réfection de l’âme. L’écrivain s’interroge sur le devenir de la société, à la mienne et aux nôtres. Il y lance des cris de cœur contre la quête effrénée du bien matériel poussant certains jeunes à la dérive et à la perdition. L’irresponsabilité de l’homme a fait que nous nous demandons perpétuellement de quoi demain sera fait. Tous les cataclysmes naturels  que nous vivons ont été engendrés par la frénésie collective liée à la surexploitation de l’environnement.

Préfacé par le Professeur Djiby Diakhaté,  Sociologue, l’auteur soutient la thèse d’un retour nécessaire vers le soufisme, cette voie consistant à délaisser les plaisirs mondains afin de combattre les désirs charnels de  l’âme pour accéder à l’étendard d’homme apaisé dans une société où on nivelle vers le bas, dominée et mise à nue par le matérialisme où les adeptes sont pris pour des faibles d’esprit. Baruch Spinoza : « Et les faibles sont ainsi faits qu’ils accrochent leurs sentiments à toutes les épines comme pour en prouver la solidité ».

L’ouvrage est bien rédigé, très bien documenté avec des références exactes et des sources précises. Cela montre sans doute le niveau de culture générale de l’auteur. La société a complétement changé ses règles de jeux, désormais le mérite importe peu et on ouvre toutes les portes à celui qui sait bien saisir les opportunités avant qu’elles ne s’en aillent. La personnalité de  l’individu  n’est   plus   appréciée à sa juste valeur, l’on joue aux jeux de dupes et à l’apparence. On est apprécié qu’à travers le paraître et non l’être, de ce qu’on fait et de ce qu’on dit. Alors que « Ni l’apparence ni les paroles ou les actions ne traduisent pas forcément les intentions cachées de l’homme ».

Satan le lapidé, banni par Dieu et  les  Prophètes,  se   retrouve   hébergé  par les Humains, « ces représentants de Dieu sur terre ». N’est-ce pas pour cela que les humains éprouvent tant de mal à s’aimer réciproquement ? Emmanuel Kant nous avertit « L’Homme a trois vices : la fragilité, l’impureté et la méchanceté ». Satan à qui on a refusé le Paradis faute d’un manque d’humilité et d’un excès d’orgueil, intervient fréquemment dans les prises de position des uns et des autres. Contribue plus à la  dégradation  des lois et règlements préétablis pour une bonne marche de la société.

Une société  complexe  où tous les coups sont permis. De la méchanceté gratuite, des injures et des complots de seconde nature, les humains sont prêts à tout pour satisfaire leur égo. « La personne n’hésite pas à pleurer ou même à fournir des preuves matérielles ou audiovisuelles, montées de toutes pièces pour tromper la vigilance des gens et les entraîner dans leurs pièges » Sous nos tropiques, nos congénères sont des tyrans et on ne peut aimer   un tyran ! Si on en est à une situation telle qu’on ne peut plus se fier à l’apparence et aux actes visibles, on ne peut qu’en être désespéré. L’auteur nous le rappelle, « les actes visibles ne suffisent pas pour témoigner de la bonne foi d’une personne ».

L’auteur nous rappelle la leçon d’un des plus célèbres livres de Molière paru en 1664, Tartuffe. « Bien que datant du XVII ième siècle, Tartuffe est toujours d’actualité. Elle renferme des leçons de vie et révèle une autre facette de l’homme qui peut être bon comme il peut aussi faire mal. » De la même manière que la femme peut elle- même être socle de  développement de toute société, de la même sorte  elle peut devenir poison et pourrir ainsi la vie de l’homme. Tous les sages arrivent à de hautes positions stratégiques en évitant les pièges tendus par les femmes. Ceux qui n’ont pas réussi très tôt à les distinguer ont appris l’Erreur sur le tas, donc à leurs dépens et se retrouvent isolés et écartés complétement de la société. Le Coran nous avertissait dès lors « En réalité, la femme est un grand stratège ! ».

« Et finalement, à qui  faire  confiance ? » dixit l’auteur.

Il faut qu’on puisse restaurer les valeurs sociétales. Et pour cela, le rôle est imposé aux parents. L’éducation, le respect de la matérialité et du non matérialité doit se faire à la base, dès le bas âge. Inculquer à l’enfant des principes et des idéaux qui font qu’il se sentirait prêt à relever tous les défis qui se présenteront à lui. La décence et la pudeur installées chez l’enfant très trop lui permettront de garder ses valeurs civiques et morales pour ne pas céder à la tentation.

Tout mène à la  réussite mais à condition de s’en sortir. Tous les chemins mènent vers la perdition et on a plus le choix. La pression atmosphérique  n’est  plus dans l’atmosphère, elle courtise nos cœurs. Notre âme et nos désirs deviennent des pulsions, ces choses les mieux partagées aux mondes. Sodomisation, lectures en vague, intox et campagne de diabolisation, l’homme est finalement prêt à tout pour nuire avec l’appui des médias. « Les multimédias forment tous les jours des stars et nous les proposent sinon nous les imposent » a dit l’auteur.

On cherche à être de plus en plus admiré. Du « buzz » au laxisme, les jeunes n’ont rien à perdre car n’ayant rien à gagner. « Certains jeunes sont de plus en plus acculturés ». Et on cherche par tous les moyens à être le premier, à mieux se distinguer, à être devant, à être vu et reconnu. Ce qui devenait modèle devient délit et le délit est tellement pris à la légère qu’il deviendrait le chemin à suivre pour atteindre l’excellence. La société s’est résignée et a transformé ses règles de jeux. La règle devient l’exception et l’exception la règle.

Une société n’a que les dirigeants qu’elle mérite. Les nôtres sont les plus corrompus. Les éducateurs appelés enseignants et  professeurs  ne choisissent plus ce métier de par sa noblesse mais de par sa valeur pécuniaire. Comment se justifierait- il le fait d’aller en grève pendant presque 4 mois, pénalisant ainsi tout un système clé et hypothéquer l’avenir de toute une génération ? Les autorités laissent passer l’éponge et s’occupent de « leur amour acharné pour le pouvoir » et de leur gré d’intérêts crypto-personnels.

Les jeunes n’ont plus de repère. Allant jusqu’à considérer un rêve futur comme une garantie à l’ascension sociale.

« Barça ou barssakh / Barcelone ou la mort », nos jeunes vendent le présent au  futur  en  s’adonnant  au  merci  du premier venu et de l’émigration clandestine au risque de leur vie.

Face à une situation de perdition et  de détresse, l’auteur  recommande une nouvelle forme de politique, un nouvel idéal et une nouvelle forme de gouvernance après avoir tout essayé : le communisme, la monarchie, le socialisme, le capitalisme, la démocratie. « Essayons  maintenant  le Mouridisme et on verra que toute l’humanité s’en réjouira. » Rappelons que  le  Mouridisme  est  une  culture commune autour de la « Khidma », être au service des créatures à travers la voie de Dieu. Il incarne un processus étatique allant d’un modèle social efficace à un modèle économique dynamique en passant par une culture facile de la chose politique.

Ne savant plus quoi faire, les nôtres se confient à des guides spirituels qui devraient eux-mêmes « se préoccuper de leur propre guérison ». Cheikh Ahmadou Bamba « Ne prête pas attention à toute personne qui te ressemble à un guide religieux » Et d’ailleurs comment peut-on guider si l’on est soi-même éclairé ? L’auteur donne l’exemple de Cheikh Ahmadou Mbacké Maa-ul-hayaat comme référence car ayant sorti du pétrin pleins de jeunes qui s’égaraient du bon chemin. Les témoignages sautent à vue d’œil et laissent croire qu’il est un vivificateur, un déclencheur du soufisme que les hommes ont besoin pour avoir le cœur apaisé.

Abdou Khadre MBACKE – Ecrivain-Blogueur-Chroniqueur
abdoukhadre2011@gmail.com
Juillet 2015

Pour une renaissance de l’islam: Takku – GoorGoorlu – Farlu

Sermon de Cheikh Ahmadou MBacké Maa-ul Hayaat

 Le 30 mai 2015, Cheikh Ahmadou MBACKE MAA-UL HAYAAT, accompagné d’une très forte délégation a rendu visite aux condisciples de Touba Sésséne, Mbour. A son retour au daara de Keur Mbaye Fall (Dakar), il a tenu un sermon plein d’enseignements que nous avons essayé de vous traduire.

Qu’ALLAH consolide son soutien et  ses  faveurs  sur nous après nous les avoir octroyés. Qu’IL nous préserve des mauvaises surprises, des obstacles et des catastrophes de toutes sortes.

Aucun geste n’est plus important que celui que nous venons de faire, car une quête d’un quelconque avantage terrestre, ni plaisir mondain, ni passion n’a guidé nos pas. Qu’Allah soit remercié du fait que nous avons profité spirituellement de cette visite. Les propos de Serigne Mouhammed Tine (jeuwrine du Cheikh à Touba Sésséne, Mbour) nous ont tous profité. Et je crois qu’il vaut la peine de marcher jusqu’à l’autre bout du monde pour recueillir un propos qui puisse raffermir la foi. Il est bon, quelque soient les sacrifices consentis à la  recherche du divin, de se comparer à celui qui ne recherche que son plaisir et ne suit que ses passions. Donc, soyons davantage persévérant.

Sachons que chaque jour Dieu nous gratifiera Davantage de ses bienfaits pour lesquels nous lui  devrons reconnaissance. Qu’ALLAH nous rend préservant de la plus belle manière et nous accorde une fin heureuse.

Les mots n’existent pas pour exprimer son soutien sur nous. Mais tout ce que l’œil verra le retiendra et tout ce que le cœur en ressentira le retiendra aussi. Tout ce que j’avais l’habitude de vous dire, depuis la création de   ce daara (Keur Mbaye Fall) jusqu’à présent, et vous demandais de bien le noter, c’est que toute notre vie, qu’on le sache où non, se résume à rendre grâce à ALLAH. Et tant que nous vivrons, ALLAH soutiendra et bénira tous nos projets, si nos intentions sont réellement saines. Ceci ne relève pas de notre mérite, mais plutôt de sa bienfaisance, de sa clémence et de sa bonté. C’est Lui le détenteur  de la bonté et celui à qui IL l’octroie l’obtient et personne ne peut la lui arracher.

Notre devoir nous tous c’est d’être encore plus ferme, plus dévoué et plus engagé. IL nous a parfaitement rassemblé toutes les  conditions  qu’IL réunissait pour ses  Élus  pour la réussite de leur mission. S’il y a un manquant, c’est à notre niveau et ne soyons pas en reste. Que ceux qui nous ont précédé dans  la  voie ne nous soient pas plus dignes, plus déterminés, plus engagés. Tout ce qui a fini par s’édifier sur terre, quel que soit son ampleur a été entamée d’abord, par une seule personne. Ensuite de personne à une autre, il s’est élargi et répandu jusqu’à des proportions voulues par Dieu.

Avec le temps, l’action de satan et du bas monde agissent sur la foi, ALLAH fait apparaître un autre saint homme pour revivifier  l’Islam.  Ce  dernier qui veut remettre les hommes sur le chemin de la droiture aura forcément des différents avec son peuple qui a délaissé la voie depuis longtemps. Car, Il y aura  parmi  eux  des  gens qui exploiteront les autres, après les avoir asservis. Celui qui est venu pour montrer le droit chemin, celui du monothéisme pur, comme le disait Serigne Abdou Lahat MBACKE (fils de Serigne TOUBA et troisième calife du mouridisme) doit le faire au prix de sa vie sachant que la tâche ne lui sera pas du tout facile.

Dieu nous a gratifié d’un bienfait qui est au-dessus de tous les bienfaits. En effet, avoir un impact positif immédiat dans les cœurs et les actes, à travers sa personne et ses propos, n’est pas chose facile. Cela relève de la volonté de Dieu et non celle de l’homme.

Dieu agit ainsi : IL descend sa miséricordes sur une personne, puis elle se répand sur les autres jusqu’à atteindre un nombre impressionnant. En dépit de tous les complots ourdis pour s’en opposer, la lumière d’ALLAH est comparable à la levée du soleil. Celui qui ne peut pas s’opposer à la levée du soleil ne peut pas s’opposer à la diffusion de la lumière divine. Le Prophète (psl) et ses compagnons ont subi les pires tourments et certains d’entre  eux  ont  été  même  tués. Les hypocrites en profitaient pour déclarer la fin de l’Islam. Certains compagnons du Prophète (psl) ne voulaient plus sortir pour ne pas se faire voir par des gens qui pouvaient penser qu’ils avaient une défaite et que l’islam s’est effondré. Non ! C’est en ce moment même qu’ALLAH le fortifiera davantage.

Un jour lors d’un combat entre les croyants et les  mécréants,  quand  on a annoncé la mort du Prophète (psl) dans le combat,  certains  de  ses compagnons ont répondu qu’ils préfèrent eux aussi mourir plutôt que de retourner dans leur domicile sans lui. Les hypocrites qui n’étaient mus que par les biens terrestres jetèrent aussitôt l’éponge et se rangèrent du coté adverse. L’action des véridiques à travers les âges a permis de préserver et de pérenniser l’islam jusqu’à nos jours.

A travers le temps, l’islam a été consolidé par des hommes et non  par des animaux. Il en sera ainsi  pour l’éternité. A commencer par ma modeste personne, passant par vous et tous ceux qui m’entendront, chacun doit avoir la ferme conviction que c’est à lui qu’incombe la responsabilité de consolider l’Islam, au prix de sa vie.

Ne cherchons pas des éloges. N’ayons pas peur du dénigrement. Qu’ALLAH sache que tu es sur sa voie,  cela  doit être  ta  seule  préoccupation. Les dénigrements ne peuvent nuire personne tant que cette dernière est sur le droit chemin. Dieu a dit qu’IL est avec les croyants. C’est pourquoi ces derniers doivent se réjouir qu’ALLAH soit en leur compagnie et ne pas se soucier de futilités.

Si vous êtes en compagnie d’une personne, ne te préoccupe pas qu’elle te suive ou qu’elle se détourne de toi, qu’elle chante tes éloges ou qu’elle te dénigre. Tous les hommes sont venus au monde un à un et retourneront    à ALLAH un à un. Personne ne peut nous nuire au poids d’un atome ou nous servir si ce n’est avec la volonté de Dieu. C’est Alors ALLAH qui mérite d’être suivi en toute confiance et déférence. Je le conseille à tous les condisciples où ils se trouvent ainsi qu’à moi-même.

ALLAH est, comme je l’ai rappelé supra, le détenteur de toutes les bontés et il peut arriver qu’IL vous  en  gratifie  sans  aucune  épreuve  au préalable, s’IL le désire. Qu’IL augmente son soutien et ses bienfaits sur nous.

Que personne ne se précipite sur ses affaires terrestres. Cramponnons- nous sur la voie d’ALLAH et agissons. IL nous voit et nous entend, et IL connaît, que quiconque, nos propres affaires. Laissons-lui décider de notre avenir.  Que  celui  qui  est  éprouvé  à travers sa propre personne, sa famille, son épouse, dans son  lieu  de travail ou à travers des désirs insatisfaits, sois patient et qu’il s’en remette dignement à ALLAH. Si tu agis ainsi, ALLAH les fera suivre par des facilités.

ALLAH nous a gratifiés de ses bienfaits que seul le monothéisme pur permet d’y  accéder.  Parler  avec  vous  de ces bienfaits c’est comme si on en parlait à un mur. Alors, soyons encore persévérant et engagé.

J’ai l’intention de poursuivre ces visites, si la santé et le temps me le permettent. Samedi prochain, ce sera au tour de Touba Thiaroye. A cause des préparatifs du Thiant (14 juillet 2015), le mois de ramadan, les travaux champêtres qui se profilent à l’horizon, nous marquerons une pause. Et on reprendra à la fin de toutes ces activités.

Ce qu’on doit retenir, c’est que toute notre vie doit être consacrée à ALLAH, c’est ce qui est le plus important, car la vie est  très  éphémère. Faisons en sorte que tout notre temps soit consacré à Dieu et rien que Lui. Chaque jour, la vie nous donne des raisons d’être plus éveillés. Qu’ALLAH nous donne un éveil précoce. Comme le disait Serigne Abdou Lahat MBACKE qui rapportait de Serigne Touba, que Dieu l’a réveillé très tôt.

La personne dont nous  voulons  nous rendre aux funérailles demain était présente aux funérailles qui nous avaient rassemblées avant-  hier. On s’est même salué las bas. Il  a quitté sa maison le matin en bonne santé, connut en accident en route, transporté à l’hôpital il succomba de ses blessures. Il n’est jamais retourné chez lui. C’est ainsi qu’il fut amené à Touba pour son inhumation. C’est ça la vie. Chaque homme doit avoir l’intime conviction que la mot peut   la surprendre à tout moment. Celui qui vit ainsi sera en paix, car il n’aura pas le temps de se tirailler ou de se chamailler avec les autres pour des raisons purement mondaines. Par contre son temps sera consacré à ALLAH. Aujourd’hui  cette  personne a tout perdu. S’il était dans des tiraillements, à quoi lui servent-ils actuellement ? Et nous qui sommes actuellement vivant, personne ne sait comment il va finir, tout cela démontre du manque d’importance de la vie présente.

Si on veut être endurant, il faut méditer. Tout ce  qui  doit  te  mener à des tiraillements et opposition (pour mieux satisfaire ses plaisirs,  ses passions ou avoir une bonne position sociale et  considération)  est comme déjà perdu. Je le disais tantôt aux gens avec qui j’étais dans le véhicule. Lorsqu’on m’a tiré le tiroir dans lequel se trouvait la dépouille de Serigne Makhtar Loum allongée, que j’eus mis ma main sur sa poitrine, j’ai davantage eu la certitude que la mort est la vérité. Quand j’ai quitté l’hôpital, le haal que j’en ai eu, c’est que je voyais toute les personnes que je croisais (hommes, femmes, enfants, vendeurs, chauffeurs…) comme des morts jusqu’à mon arrivée chez moi, je ne voyais que des défunts allongés…ALLAHOU AKBAR!!!

Traduit par Baye Fary seye
Juillet 2015

 

Sermon de Cheikh Ahmadou MBACKE Maa-ul Hayaat: Thiant 2013

Cheikh Ahmadou MBACKE Maoulhayat - Thiant 2013 - 21 Juillet 2013 au CICES

Nous entamons nos propos en invoquant notre Seigneurs (SWT), en implorant Son pardon et en Lui témoignant toute notre reconnaissance. Nous nous inclinons humblement devant Lui pour exprimer notre faiblesse, notre imperfection devant Lui, Le parfait, Le grand, Le sublime. Nous sommes des fautifs mais nous implorons son indulgence, Lui qui incarne la clémence et la miséricorde. Nous Le magnifions par ses glorieux attributs et Lui éloignons tout ce qui n’est pas digne de Lui. Considérez que celui qui vous adresse la parole est la plus faible, la plus insignifiante des créatures mais son seul sacerdoce est de rappeler le bien à quiconque le désire.

En outre, l’objet de cette assemblée qui nous réunit est de rendre grâce à Dieu en se conformant à Ses recommandations et en s’écartant de Ses interdits qui nous ont été transmis par le prophète (psl) et rappelés par son serviteur, Cheikh Ahmadou Bamba. Par conséquent, nous devons nous recommander mutuellement la droiture et la patience afin que chacun ait un viatique  pour cette présente vie et celle future, éternelle. Le Créateur nous recommande de Le suivre strictement, c’est- à-dire  distinguer Ses prescriptions de Ses interdits et accepter Ses décrets. D’ailleurs toute créature qui  perd  de vue cette volonté divine ne sera jamais tranquille. Dans ce sens, Cheikh Abdoul Ahad Mbacké disait que la plupart d’entre nous éprouvent des difficultés car ils n’ont pas foi en Dieu mais placent leurs espérances envers des semblables. C’est la raison pour laquelle, Cheikh Ahmadou Bamba disait : « quiconque t’indique Le Seigneur t’as aidé ». Le jaloux qui souhaite la perte d’une faveur à autrui et l’orgueilleux qui se targue d’une richesse, d’une beauté ou d’une situation quelconque ont oublié que c’est Dieu le pourvoyeur. Aussi, quiconque perd une faveur, qu’il s’en remette à Dieu qui peut-être, la lui a retirée  par  amour.  De  plus, certains sont très prompts à consulter un devin à la moindre souffrance  au  lieu  de se confier à Dieu. Bref, toutes nos difficultés ont pour source le refus de considérer Dieu comme le  principe de toute chose. De ce fait, quiconque accepte cette volonté divine se verra agréablement surpris mais quiconque agit contre celle-ci, sa surprise sera amère.

Nous nous réunissons aujourd’hui en tant que parents, guide religieux ou enfants. Que le parent sache qu’Allah lui recommande de se protéger de l’enfer et d’en prémunir les siens. C’est-à-dire que le parent à l’obligation d’exécuter les recommandations divines et de s’éloigner de toute prohibition, tout en éduquant ses enfants dans ce sillage. Malheureusement,  nombreux sont les parents qui privilégient la réussite ici-bas de leurs enfants au détriment de celle futurs éternelle. Un tel choix pourrait susciter la discorde  entre  eux  le  jour  du  rassemblement. Par conséquent, un conjoint doit chercher une épouse noble de caractère, honorable et chaste afin que leurs enfants qui naîtront dans la pureté, telle une feuille blanche, grandissent dans un environnement favorable au développement de cette candeur que nulle corruption ne pourrait dénaturer. De plus, d’aucuns pensent qu’ils ont tous les droits de disposer des biens de leurs enfants alors qu’en amont ils ne se sont jamais préoccupés de leur salut. Ainsi, Dieu, de par sa justice, ne permet jamais qu’un tel parent profite avec égoïsme de son enfant. Donc, éduquons les enfants selon les principes de l’islam.   Quant aux enfants, qu’ils suivent les parents, les respectent  et les honorent pour la  face  de   Dieu. Aussi, évitons de  porter  préjudice  à  notre  voisin  à travers nos intentions, propos ou comportements. Bref, les parents doivent connaître leurs devoirs envers leurs progénitures et vice  versa. Il  en est de même des aînés envers les cadets. La sagesse qui détermine la volonté divine  de  nous  regrouper  en famille est le souhait  de  nous  voir nous soutenir mutuellement. Il s’agira pour les enfants d’être guidés, surveillés, éduqués, entretenus jusqu’à la maturité.

En outre, chers parents, frères et sœurs en l’islam, je vous conseille de profiter de ce mois béni du ramadan, un mois de miséricorde, pour adorer autant que faire se peut le Seigneur (swt) qui nous a fait la faveur d’être encore sur terre. Tout à l’heure, nous formulions des prières pour le repos de l’âme de Serigne Saliou Thiam alors que l’an passé seulement, il  était sur ce  présidium  et  avait  fait un sermon riche d’enseignements. Celui qui l’a arraché à notre affection n’épargnera personne. Quant à Serigne Saliou, nous avons un espoir ferme que la miséricorde d’Allah (swt) l’accueillera eu égard à la manière de sa disparition. En effet, la veille de son décès, il s’était rendu à un dahira durant lequel il a lu le saint coran et Nourou, daraini (Xassida de Khadim Rassoul), a exalté la grandeur de Dieu et s’est recommandé la droiture avec ses condisciples. A son retour à la maison, il se couche. Au réveil, il fait la prière matinale en assemblée. Ensuite, il reste seul en situation d’adorer son Seigneur après la prière. Au lever du jour, c’est dans cette situation que son voisin l’a trouvé décédé. Donc, il a une fin heureuse mais qu’en sera-t-il de nous ? Il faut rappeler que durant sa  vie,  il  a  enseigné  à  nombre   de

ses amis les khassaides de Serigne Touba. Pendant ses vacances, il quittait l’université et se retirait dans les daaras, à Rawdatou Salihiine ou   à Manaaroul Houda pour s’adonner   à la méditation. Il fut un disciple cultivé religieusement, raffiné dans ses manières, son langage, sa façon de vivre à tel enseigne qu’on a pu croire qu’il fut de la famille Mbacké. Serigne Saliou est parti avec mon agrément ! De plus, je dois rappeler que son allégeance à mon égard est scellée par notre vénérable guide Serigne Saliou Mbacké. Serigne Saliou Thiam lui- même a vu en rêve Serigne Saliou MBacké prendre sa main et la posa sur la mienne en signe d’allégeance. Que  la  terre  lui  soit  légère,  que  sa lumière se répande sur nous et qu’Allah préserve sa famille.

De plus, je réitère à tout le monde, mes propos à l’égard de Cheikh Yahya Sy lorsque nous n’étions que deux. Je lui avais dit que si tu viens chez moi et que je te parle d’autre chose que des recommandations d’Allah (swt), de son prophète (psl) et de Serigne Touba, ne me fréquente plus. Aujourd’hui que le groupe s’agrandit de plus en plus, je réaffirme que, si mes propos n’ont aucun impact sur un disciple, qu’il me laisse et aille chercher un autre guide. La fois passé, un journaliste est venu me trouver à Manaroul Houda pour s’entretenir avec moi. Il me demanda :

« Vos discours sont très virulents et que les gens n’apprécient guère cette fermeté dans les sermons. Qu’en pensez-vous  ?  »  Je  lui  répondis : « c’est Dieu qui m’a créé ainsi, celui qui m’accepte, me suit, celui qui ne peut me souffrir, peut partir ». Je ne me préoccupe ni des départs, ni des arrivées mais mon idéal est de dire   la vérité rien que la vérité, de sorte que moi-même, si je n’avance pas par manque de détermination, quiconque est mu par la volonté de s’amender dans la voie droite progresse en toute quiétude.

Aussi, le thème qui nous réunit aujourd’hui et que développait Serigne Abdoul Aziz est de rappeler l’enseignement  de  Serigne  Touba, un enseignement conforme à l’islam. De nos jours, nombreux sont  ceux qui guident leurs disciples vers les plaisirs mondains et sont prêts à combattre toute personne qui œuvre pour l’agrément de Dieu mais ce sera en vain car la vérité et la droiture triompheront   à   jamais.    Sachez que les enseignements de Serigne Touba sont les recommandations qu’Allah a ordonnées au Prophète Mouhamed (psl). Serigne Touba enseigne que quiconque  s’astreint aux recommandations divines et s’éloigne des interdits qu’il sache  que lui et moi habitons  ensemble  tant qu’il est sur cette voie. Quant à celui qui fait le contraire qu’il soit conscient que nous n’avons aucun lien tant qu’il ne s’amende pas. Il enseigne que celui qui désire le salut ici-bas et à l’au-delà pour lui-même, sa demeure et les siens qu’il souhaite du bien, le dise et le fasse voire vit   de ses propres ressources. Serigne Touba avait aussi l’habitude de dire que celui qui veut accéder à l’enceinte scellée de Dieu qu’il s’accompagne des recommandations divines qui le guideront jusqu’au paradis et considère Ses interdits comme un ennemi dont l’éloignement préserve de l’enfer, un brasier entretenu par les hommes et les djinns. Que Dieu nous en préserve. De même, il dit que quiconque arpente la voie agréée par le Seigneur sans  se détourner, ni s’arrêter, arrivera à destination. Ne croyons jamais que les grades ou dons du Seigneur sont réservés à nos illustres prédécesseurs. Ces vénérables hommes de Dieu avaient soifs de leur Seigneur et ils ont    suivi   le chemin tracé par les saints qui les ont devancés, de sorte qu’au terme de leur cheminement, Allah les a gratifiés de bienfait s pour leurs sacrifices. Quiconque suit cette voie souffrira mais s’il persévère tout le monde saura qu’il est sur la droiture.

Sachez qu’Allah ne récompense que celui qui se donne entièrement à lui. Et il l’éprouvera pour mesurer sa sincérité. Ainsi, si la personne a du courage à toute épreuve malgré la risée populaire, elle se hissera au sommet des stations les plus mystiques. Il dit aussi qu’il est difficile d’appliquer les actes obligatoires comme méritoires de la religion, de même que s’éloigner des interdits. Il est aussi contraignant d’éviter le blâmable et d’œuvrer pour le bien mais la récompense obtenues pour ses souffrances sont les bienfaits et le repos paradisiaque. Par contre, s’adonner aux interdits et à ce qui n’est pas recommandé procure du plaisir mais un plaisir qui débouche sur du supplice, des réprimandes, des malheurs  et  de  problèmes qui sont synonymes de l’enfer. Que Dieu nous en protège. La voie qui mène à l’agrément d’Allah n’est jamais aisé  à emprunter. Dans ce sens, Serigne Touba dit : « Je vous informe que j’ai enduré des souffrances avant d’obtenir l’agrément éternel d’Allah (swt).» Donc, celui qui veut demeurer dans  la droiture, qu’il ne se soucie ni des louanges, ni des critiques. Toutes les fois qu’un disciple s’engage dans la voie de la félicité, il sera confronté à des personnes qui veulent le détourner en lui miroitant des biens périssables de cette vie passagère. Cependant, ce disciple doit savoir qu’aucune de ces personnes n’a ététémoin de sa création. Personne ne peut lui alléger les râles de l’agonie, ni l’accompagner ou lui tenir compagnie dans la tombe. Mieux, le moment où tu seras seul à seul avec ton Seigneur, personne de sera présente. Donc, romps toutes relations avec quiconque veut s’interposer entre toi et ton Seigneur. Le prophète (psl) dit que le chemin qui mène au paradis est revêche alors que celui qui conduit en enfer est plaisant. Par conséquent, il est contradictoire de vouloir le paradis et vivre dans le délassement et la quiétude. Donc, celui qui souhaite le paradis qu’il demeure dans les prescriptions malgré leurs aspérités et se détourne des plaisirs que réclame l’âme  charnelle. Ne perdons jamais de vue que tout est finissant et que    la mort frappe à l’improviste. Nous ne sommes pas  certains  de  mettre  la main sur les convoitises. C’est pourquoi notre préoccupation devrait être d’avoir constamment à l’esprit la mort pour parer à toute surprise. Pour y parvenir, il convient de vivre de sorte que si la mort nous annonçait sa venue, nous ne changerons rien de notre comportement. Dans ce sens, Serigne Touba recommande d’être dans une attitude qui, si la mort s’annonçait, on ne changerait pas. Donc, un disciple qui suit ses penchants personnels et se réclame de Serigne Touba se leurre. Il existe des c o m p o r t e m e n t s qu’aucun disciple n’ose adopter devant les créatures. Par conséquent, ayons la retenue de commettre certaines choses devant le Créateur   Absolu qui nous voit à tout moment et à tout lieu.

Bref, comme le chemin qui mène au paradis est sillonné d’embûches donc s’astreindre à contourner ses obstacles suffit largement comme tâche dans cette vie. Aussi, étant donné que celui qui conduit en enfer est plaisant, alors se contrôler dans les quêtes de plaisir peut préserver l’individu. Mais celui qui ne contrôle pas son regard, ses oreilles, ses pieds voire ne distingue pas les richesses licites et prohibées, ne peut guère avoir l’agrément d’Allah. Pourtant, le prophète (psl) nous a enseigné de privilégier ce qui demeure au détriment de ce qui s’achève. Et tout un chacun sait que cette vie est éphémère et que ses jouissances sont de courte durée.

traduit par Bounama Mbengue
Juillet 2015

L’idolâtrie des temps modernes

L’homme, disait quelqu’un, est une machine à créer des dieux pour dire que la croyance en un être ou une réalité transcendante ou immanente, matérielle ou immatérielle est intrinsèque à la nature humaine. Il y a donc une tendance naturelle chez lui à croire et c’est pourquoi tous les peuples ont, à défaut d’un dieu unique, vénéré des divinités imaginaires ou incarnées dans des êtres (animal ou plante) ou des objets. Les religions révélées sont venues pour purifier et orienter ce penchant spirituel vers la reconnaissance du vrai Dieu, le créateur des cieux et de la terre. Tous les prophètes ont ainsi trouvé des idoles et tous se sont mis à les combattre. Abraham disait ceci à son père idolâtre : « ô mon père, pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit, et ne te profite en rien ? » (S19V42). Moise (AS) n’a- t-il pas cassé le veau d’or, Abraham les statuettes et Mohamed plus de 300 idoles qui gravitaient autour de la Kaaba et dont chacune représentait le dieu d’une tribu. Dans le même souci de préserver la pureté du culte Aboubakr (RA) avait déraciné, par crainte qu’il ne devienne objet d’adoration, l’arbre sous lequel les compagnons prêtaient serment d’allégeance au Prophète (PSL) et qui est mentionné dans le Coran (S48-V18).

 «  Allah  a  très  certainement  agréé « Allah a très certainement  agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous  l’arbre. Il a su ce qu’il y avait dans leurs cœurs, et a fait descendre sur eux la quiétude, et Il les a récompensés par une victoire proche »

C’est ce même souci qui animait Omar (RA) quand il s’écriait, s’adressant à la pierre du Kaaba appelé « hajaratoul aswat » :  «  tu  n’es  qu’une  pierre,  si je n’avais pas vu le Prophète t’embrasser, je ne l’aurais pas fait ». C’est dire combien ils étaient jaloux de la pureté de leur foi et combien ils craignaient de verser dans l’idolâtrie. Je crois que, malgré ces efforts, la vénération de formes ou d’entités physiques persiste encore dans les sociétés  musulmanes.  Le  Sénégal ne fait pas figure d’exception ; le totémisme y demeurant avec une ténacité irrésistible. Qui ne connaît pas le varan sacré de Kaolack, les couleuvres  vénérées  dans  les  autels en milieu lébou, wolof et sérère, les « bois sacrés en milieu diolas », les champs mystiquement hantés « tool bay dee » (littéralement quiconque les exploite meurt), les tamariniers, baobabs et autres arbres de nos brousses intouchables parce que censés investis d’un esprit maléfique ? Autant de croyances et de représentations qui nous maintiennent dans un syncrétisme religieux abject. La nature a été créée au service de l’Homme  et  celui-ci  au service exclusif de Dieu mais la donne semble aujourd’hui inversée car au lieu d’exploiter la nature et s’en rendre « maître et possesseur » l’individu sénégalais voire africain s’est mis à la vénérer. Cela peut même expliquer, en partie, notre retard économique. A ce propos Allah dit : « Ne voyez-vous pas qu’Allah vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés. Et parmi les gens, il y en a qui disputent à propos d’Allah, sans science, ni guidée,   ni   Livre   éclairant.» (S31,V20).

Allah a soumis à l’homme une partie de Son univers pour qu’il en jouisse et non pour qu’il la vénère car l’adoration est un droit exclusivement divin. Tous les prophètes ont ainsi interdit à leur peuple d’adorer autre chose qu’Allah    (swt) Qui dit : « Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager, [pour leur dire]: «Adorez Allah et écartez- vous du Taghut»(S16V36). Le Tâghût correspond à tout ce qui est adoré en dehors d’Allah l’Unique, comme les humains, les pierres, les vaches…

Mais à côté de cette idolâtrie que l’on pourrait qualifier de physique ou matérielle, il y a une autre plus vile et plus pernicieuse parce que diffuse et quasi imperceptible.

Beaucoup de gens en effet ont fini de déifier l’argent et tous leurs efforts sont ainsi tournés vers sa quête. Ils  ne se soucient même pas du caractère licite ou illicite de l’origine leur biens alors que Dieu a dit dans un hadith qoudsiyou que quiconque ne se soucie pas de la licéité de la façon dont il gagne ses biens, Je ne me soucierai pas de laquelle des portes de l’Enfer Je le précipiterai.

D’autres adorent le dieu du sport (le football, la lutte et les autres jeux) : combien sont-ils ceux qui, pour un match de football, un combat de  lutte sont prêts à sacrifier les prières de toute une journée ? Ils sont prêts   à dépenser des sommes faramineuses pour parrainer un match de football, un combat de lutte, ou une soirée dansante mais rechignent à payer la facture d’eau de la mosquée. Perdre tout un après-midi à suivre ces amusements leur est  plus  aisée  qu’accomplir  une salat d’à peine cinq minutes. Quiconque a ce comportement doit savoir que son attitude révèle  que  ces choses occupent plus de place qu’Allah dans son cœur. Tout ce qui, en effet, détourne l’individu du culte pur et exclusif d’Allah fait figure d’idole qu’il le sache ou pas.

Par ailleurs, certaines personnes, abasourdies par les qualités exceptionnelles d’un homme de Dieu en arrivent à le prendre pour Dieu. C’est cela qui est arrivé aux « gens  du livre » au point qu’ils prennent pour les uns Insa et pour les autres Houseyrou comme des fils de Dieu. Allah récuse cette croyance en disant « Il ne convient pas à Allah de S’attribuer un fils. Gloire et Pureté  à Lui ! Quand Il décide d’une chose, Il dit seulement : “Soi ! ” et elle est » (S19-V35). Dans la même sourate Il dit (Versets 88 à 91) : « Et ils ont dit : “Le Tout Miséricordieux S’est attribué un enfant ! ”.Vous avancez certes là une chose abominable ! Peu s’en faut que les cieux ne s’entrouvrent à ces mots, que la terre ne se fende et que les montagnes ne s’écroulent, du fait qu’ils ont attribué un enfant au Tout Miséricordieux »

N’est-il pas plus grave de prendre une personne pour Dieu que de lui attribuer un fils ? Et bien souvent, celui à qui ce culte est adressé enseigne le contraire et s’est conformé, de son vivant, à la pureté du culte.

D’autres encore suivent des gens considérés comme guide  dans  la voie d’Allah par pure tradition ; cela les amenant à vénérer une lignée, voire un simple patronyme. Pourtant Serigne Touba a clairement dit dans Massalikoul Jinaan «Éprouve les hommes avant de s’engager  avec  eux » pour signifier que la naissance ne suffit pas pour être un bon guide. Le Cheikh a dit, par ailleurs, que le tawhiid (science de l’unicité de Dieu) est le savoir qui, à lui seul, peut sauver la personne dans l’au-delà alors que si la personne meurt avec tous les autres types de savoir sans le tawhiid, elle sera damnée. Il dit d’ailleurs un jour à un de ses disciples qui lui manifestait un très grand zèle: « pourvu  que vous ne versiez dans l’idolâtrie ». Le disciple lui demanda : « est-ce qu’un mouride peut être idolâtre ? » Le Cheikh lui répondit qu’effectivement celui  qui  suit  un  individu  pour sa filiation avec moi sans que celui-ci  ait un comportement en conformité avec mes enseignements est bien dans l’idolâtrie.

Il y a enfin, le port de morceau de bois, d’os, de fils noués, la croyance aux systèmes des rabs (Mboosé, Mame coumba bang, Leuk Daour Ndaw, Mame coumba Lamb et que sais-je encore), autant de choses auxquelles  on  attribue  la   capacité  à nuire ou à profiter en quoi que ce soit. Toutes ces pratiques et croyances relèvent du paganisme et il convient de s’en écarter pour n’avoir Qu’Allah comme refuge. Dieu nous invite à cet abandon à Lui quand il dit : « Dis : rien ne nous atteindra en dehors de ce que Allah a prescrit pour nous. Il est notre Protecteur. C’est en Allah que les croyants doivent placer leur confiance ».

Nous pouvons, en définitive, dire que l’idolâtrie est une chose abominable car c’est une négation des Bienfaits du    Pourvoyeur    Suprême.    Tous les prophètes et hommes de Dieu l’ont combattu mais elle demeure encore en prenant des formes moins perceptible certes, mais toujours aussi infâme, sinon plus que les pratiques précédentes. Nous devons donc avoir à l’esprit cette injonction coranique qui résume le projet de tous les prophètes qui se sont succédés sur terre; « Il  ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, d’accomplir la Salat  et d’acquitter la Zakat. Et voilà la religion de droiture » (S98-V5).

Mamadou Ngom
Sociologue, Inspecteur de l’Education
Juillet 2015

 

Le cheminement dans la voie de la purification du cœur

Le cheminement dans la voie de la purification du cœur vise une ascension spirituelle qui mène l’âme dans les degrés les plus élevés de perfection, en se référent au saint coran et à la sunnah du Prophète (psl). Cette voie basée sur l’ascension des cœurs dans le monde seigneurial, l’observance de Dieu en permanence, la piété dans l’acte et  la parole voire la recherche à tout moment de l’Agrément d’Allah (swt) est le soufisme. Elle a été suivie par des figures emblématiques de l’islam comme Al-Junayd Al-Baghdadi, Ibrahim Ibn Adham, Imam Al-Ghazali, Ash- Shadhili , Imam Ahmad Ar-Rifahi, Cheikh Abdou Qadr Al-Jilani, Cheikh Ahmadou Bamba et tant d’autres, selon la méthodologie (manhadj). Ces illustres personnalités qui ont évacué de leur cœur tout ce qui est autre que Dieu, en se conformant à Sa Volonté, sont des héritiers des Prophètes par leur science, leurs comportements, leur cheminement spirituel (sulûk), leurs états et stations.

Qu’est-ce que le soufisme ?

Le concept « soufisme » a plusieurs acceptions. Il est conçu comme une purge des vices cachés. Dans ce sens, Ibn `Abidin écrit dans Hashiyah : «  la science qui traite de la sincérité, l’orgueil, l’envie jalouse et l’hypocrisie est une obligation pour tout musulman (fard `ayn). Il en va de même pour les autres maladies de l’âme comme la fatuité, l’avarice, la rancune, la tricherie,  la  colère,  l’inimité, la cupidité, l’ingratitude, la trahison, la  ruse,  le  refus de   la   vérité  par   orgueil, la  dureté  du  cœur  ». A ce propos, Tahtawi écrit dans Maraqi Al-Falah : « La pureté extérieure n’est utile que si elle va de paire avec la pureté intérieure,  la  sincérité,  la   dignité qui élève au-dessus de l’animosité, de la tricherie, de la rancœur, de  l’envie jalouse, et la purification du cœur de tout ce qui est autre que Dieu dans les deux mondes. »

En outre, le concept renvoie à une renaissance spirituelle. Dans ce sillage, Imam Jonayd dira que « le soufisme consiste en ce que Dieu te fasse mourir à toi pour te faire ressusciter en Lui ». Il s’agit de mourir pour devenir, de s’anéantir, par le fana, état d’abolition, pour subsister en  Dieu par le baqa, un état de subsistance pérenne, indifférenciée entre le « Je » divin et un « je » humain ; le divin annihilant en lui l’ego humain. Dans ce sens, le Prophète (psl) rapporta de la part de son Seigneur (swt): « Mon serviteur ne s’est pas rapproché de Moi par meilleur que ce que Je lui    ai ordonné de faire, et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi jusqu’à ce que Je l’aime, et lorsque Je l’aime, Je deviens son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il saisit, ses pieds avec lesquels il marche, par Moi il entend, par Moi il voit, par Moi il saisit et par Moi il marche » (Abou Houreyra)

Par conséquent, le  musulman  issu  de cette formation est qualifié par Cheikh Ahmadou Bamba, comme « le vrai soufi  ». Il s’ agit d’un  «savant mettant sa science en pratique sans transgression d’aucune sorte .Il devient ainsi pur de tout défaut, le cœur plein de pensée juste , détaché du grand monde pour se consacrer  au service et à l’amour de Dieu, considérant sur le même pied un louis d’or et une motte de terre ». Cet homme arrivé à ce stade ne possède rien et n’est possédé par rien.  Il  adore Allah (swt) pour Son Essence uniquement et non pour un autre motif. Il se soumet à L’Eternel Qui lui manifeste Sa générosité infinie.

Quelle est l’importance du soufisme ?

Dans la législation islamique, les devoirs qui incombent aux musulman sont des jugements ayant trait aux œuvres apparentes, c’est-à-dire qui renvoient au corps et d’autres  liés aux œuvres internes qui concernent le cœur. Les premiers  comportent des injonctions (la prière, l’aumône, le pèlerinage…) et des interdits (le meurtre, la fornication, le vol, la consommation de vin…). Les derniers ont aussi des injonctions (la foi en Dieu, en Ses Anges,  en Ses Livres, en Ses Messagers… la sincérité, la véridicité, le recueillement,  le fait de compter sur Lui en tout et pour tout) et des interdits (la mécréance, l’hypocrisie, l’orgueil, la vanité, la rancune, la jalousie…).

Cheikh Ahmadou Bamba dira que la  science  se  divise,  selon  les  savants, en deux parties : ésotérique et exotérique. L’ésotérique régit l’action  des  hommes et  l’ésotérique  les  états   de l’âme. La première  est  le fiq.h et la seconde, le soufisme. Celui qui se suffit du fiq’h seulement est un fripon alors que celui qui s’engage dans le soufisme en négligeant le fiq’h est un hérétique. Celui qui allie les deux est un modèle à suivre. A  ce  propos,  il  convient de retenir avec Sheikh Abdul Qadr Isa dans Des Vérités du Tasawwuf, que l’observation de la loi (fiq’h) guide l’homme tout au long de sa vie pour lui éviter l’inconduite qui suscite la punition mais ne le guide pas jusqu’au bout du chemin (l’illumination). Par contre, la vocation du soufisme n’est pas seulement d’éviter l’enfer ou d’œuvrer pour le paradis mais plutôt de rapprocher, d’unir l’homme à son Seigneur  (swt). Ghazali  considère cette fonction comme le troisième degré, c’est-à-dire le degré le plus élevé de l’adoration. Le premier degré étant l’adoration par crainte et le deuxième degré étant le renoncement par désir de la récompense de Dieu et de ses délices. Dans ce sens Rabia al- Adawiya dit à Allah : « Mon Dieu, si c’est par crainte de l’enfer que je te sers, condamne-moi à brûler dans ton feu, et si c’est par espoir d’arriver au paradis, interdis-moi l’accès, mais si c’est toi seul que je sers, ne me refuse pas la contemplation de Ta face ». Arnaldez dira que pour arriver à ce stade de « rapproché » de Dieu, il   est nécessaire de franchir le pont qui enjambe la géhenne, et il faut aussi dépasser les jardins de délices.

Ce rapprochement, cette union est comme indiquée dans le  verset  35  de la sourate An-Nur « Lumière sur Lumière ». D’ailleurs, Arnaldez dans « Les états mystiques dans le soufisme musulman », in Le soufisme : voie d’unité, note que les soufis considèrent que l’image de cette lumière, c’est sa réflexion sur le cœur de l’homme et la niche représente le cœur lui-même. La lampe et le verre sont l’éclat du cœur éclairé par la lumière divine. L’olivier béni est un symbole de cette lumière dont la source n’est ni ici-bas, ni en Orient, ni en Occident, car elle est en Dieu. Donc, la lumière qui illumine  le cœur, rayonne dans la lumière qui vient d’Allah (swt). Telle est l’idée de l’union à Dieu.

C’est pourquoi le for  intérieur (bâtin), c’est-à-dire, les œuvres du cœur, sont la base de l’apparent (dhâhir)  et  constituent  sa source. La corruption des œuvres internes annihile les œuvres externes. Allah (swt) dit à ce propos : « Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur qu’il fasse de bonnes œuvres et qu’il n’associe dans son adoration aucun autre à son Seigneur » (Sourate 18:110). D’ailleurs le Prophète (psl) enseigne que la droiture dépend de la perfection du cœur par sa guérison des défauts et des vices cachés. Il dit : « Il y a certes dans le corps un organe, s’il est bon, tout le corps le sera, et s’il est corrompu, tout le corps le sera : il s’agit du cœur ». Il disait aussi que « Dieu ne regarde pas vos corps, ni vos formes, mais Il regarde vos cœurs ».

Dès lors que la droiture de l’homme est liée à celle de son cœur, qui est    la source dont émanent les œuvres apparentes, il convient qu’il œuvre pour le réformer, le purifier des attributs vils que Dieu nous a interdits et y loger les nobles caractères qu’IL nous a ordonnés. A ce moment, le cœur sera sain et son détenteur sera du nombre des victorieux et sauvés « le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité sauf à celui qui vient à Allah avec un cœur sain » (Sourate 6 : 151).

Ainsi, la science du cœur et la connaissance de ses maladies est considérée par l’Imâm Al-Ghazali comme une obligation (fard `ayn) pour chaque musulman. La purification du cœuretl’éducation de l’âme (nafs) sont parmi les plus importantes obligations qui incombent à chacun et sont parmi les ordres divins les plus prioritaires et ce, conformément au coran, à la Sunnah et aux enseignements des savants.

Dans Al-Minan Al-Kubra, Ash- Shahrani, note avec Al-Fudayl Ibn Iyad : « Attache-toi à la voie de la vérité et ne ressent pas la solitude à cause du faible nombre des itinérants (sâlik). N’emprunte surtout pas la voie du faux, et ne soit pas trompé par le grand nombre de ceux qui périront. Chaque fois que tu éprouves la solitude, rappelle-toi les compagnons devanciers, accorde une grande importance à les rejoindre, et détourne ton regard de toute autre personne, car elle ne te mettra aucunement à l’abri de la punition de Dieu. Ne te retourne jamais vers elle, car dès lors que tu le fais, elle t’attire vers elle et entrave ton chemin ».

Quels sont les fondements des pratiques soufies ?

Dans Massalik ul jinan, Cheikh Ahmadou Bamba, rappelle que les piliers du soufisme sont au nombre de sept (7) à savoir : le silence, la faim, l’abandon des innovations blâmables, le repentir, les veilles, l’esseulement et enfin la rectitude (rester strictement dans la bonne voie à tout instant). Cheikh Al Yadâli en ajoute un huitième (8e) qui est la crainte d’Allah (swt) professée intérieurement et extérieurement.

Cheikh Ahmadou Bamba écrit aussi dans Huqqa que le soufi considère commecauseefficiente decatastrophe, le fait de manquer un «wird» ou de se gaver d’aliments, fussent-ils licites aux yeux de la loi ! D’ailleurs, le soufi vivifie la nuit noire. Il invoque le Seigneur créateur, sacrifiant son sommeil de nuit à l’intimité avec Allah (swt). La nuit, il fuit le lit, pour s’adonner, corps et âme, à son Seigneur avec ferveur, à travers des prières, la lecture du coran comme le témoigne Allah (swt) dans le verset 18 de la sourate Al Muzzammil (l’enveloppé) qui dit au prophète (psl) : « Ton Seigneur n’ignore pas que tu veilles en prière moins  des  deux  tiers  de  la nuit, moins de la moitié et même moins du tiers, ainsi  qu’une  partie de tes compagnons…Oui récitez le coran  dans  la  mesure   du   possible». Mais aussi par des méditations pour les doués d’intelligence « qui, debout, assis, couchés, se souviennent de Dieu et méditent sur la création des cieux et de la terre… » (3 : 191) et l’invocation qui est l’essence de l’adoration selon le Prophète (psl). Dans ce sens Allah (swt) dit dans le coran  verset  180,  sourate  Al Ahraf : « A Allah appartiennent les plus les noms les plus beaux. Invoquez-le par ces noms… »

En outre, les principaux piliers qui servent de fondation à l’édifice  de  la Sainteté sont : le silence, la faim patiemment endurée, la veillée et l’esseulement,  tout  ceci  exécuté sous le guide d’un directeur spirituel (Cheikh).

De plus, il dira que le voyage des mystiques (tasawwouf) requiert dix (10) apprêts qui sont indispensables aux aspirants (mourides):

La résolution (décision de s’engager dans la voie)

Le chef spirituel qui est un guide dans la voie

La ferveur pieuse qui sert de viatique

L’ablution qui tient lieu d’arme et qui élimine l’état d’impureté

La répétition sans cesse du glorieux Nom d’Allah (swt) qui est leur lanterne

Un haut souci de bonne volonté qui tient lieu de monture

La conscience de son impuissance dans l’abandon à Allah (swt), sert au soufi de bâton d’appui

La détermination qui est sa ceinture, symbolise la constance

La «sharia» constitue la route qu’il suit du début à la fin

Des frères de même but, déterminés, fidèles et sincères, servant de compagnons de route

En définitive, le soufisme, voie de perfectionnement du cœur est le noyau de la religion. Donc, ceux qui agissent pour la pérennité de celle-ci doivent édifier des barricades autour du soufisme qui est l’âme de la religion dont la sharia serait le corps et la foi, la peau qui enveloppe ce corps.

Bounama MBENGUE
Professeur de Lettres modernes
Juillet 2015